Tout le monde s'en fiche

C'est ce qui se disait Nicolas Hulot, alors ministre, en présentant son projet de loi sur la biodiversité à l'Assemblée Nationale. C'est évidemment là où est le problème, ou plutôt la solution. Nous avons le choix est entre deux attitudes : soit, compte-tenu de l'urgence encore rappelée par le WWF cette semaine, faire avancer la cause coute que coute, en mobilisant les pouvoirs publics et leurs moyens, réglementaires, humains et financiers, ou bien tout faire pour que plus personne ne s'en fiche. Il semble bien que ce soit la première option qui ait été choisie de fait. L'action sur l'opinion et la culture de nos concitoyens est bien sûr évoquée, mais nous savons que l'alerte répétée à l'infini ne suffit pas et peut être contre-productive. Il faut donner envie de biodiversité, et au plus grand nombre. La biophilie pour tous ! L'action que nous pouvons qualifier de "culturelle", est forcément plus longue, et sans garantie de résultats immédiats, mais c'est la seule qui pourrait mettre en marche des moteurs puissants et les mécanismes nécessaires pour inverser la tendance. Le ministère en charge de l'Environnement s'est investi largement sur les espèces en danger, et il a obtenu des résultats indéniables sur le gypaète barbu par exemple. Mais pendant que le sommet de la pyramide écologique s'améliore, c'est la base qui est grignotée : la nature "ordinaire" fout le camp. Une nature qui ne peut être protégée par des gardes ou des règlements, mais qui résulte du comportement d'une foultitude d'acteurs, aux motivatiions variées. Il convient aujourd'hui de sauvegardrer la base de la pyramide, en faisant émerger une écologie simple, pour tous et tous les jours, s'appuyant sur les sentiments les plus courants et les pratiques quotidiennes, utilisant les canaux d'information les plus populaires, et avec le langage d'aujourd'hui. Raison et sentiment doivent être combinés dans une telle politique, avec la volonté de tenir le cap malgré les inévitables tatonnements. La sensibilité est le moteur de l'intelligence, disait Paul Valéry. Une réflexion à mettre à profit pour offrir de nouvelles perspectives à la protection de la nature.

Edito du 7 novembre 2018

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