Du tabac au glyphosate

Le débat en cours sur le glyphosate nous en rappelle d'autres. Par exemple, celui sur le tabac. Est-il vraiment nocif ? Les fabricants de tabac ont été au bout du bout, utilisant tous les artifices juridiques, tous les moyens de communication à leur disposition, toutes les pressions possibles sur le monde médical, pour retarder l'inéluctable. Il fallait gagner du temps, et repousser toutes les régulations envisageables qui pourraient leur faire du tort. Les fabricants de pesticides et d'OGM ont bien compris la manoeuvre, et tentent de la reproduire.

Aujourd'hui, c'est le glyphosate qui est sur la sellette, et la presse s'est largement fait l'écho des moyens utilisés par Monsanto pour faire obstacle à toute expertise indépendante et à toute régulation. Malgré ces efforts, il semble bien que les années du glyphosate en Europe soient comptées, de 3 à 10 en passant par 5 selon les déclarations, nous verrons bien ce qu'il en sort. Ce délai, qui semble nécessaire pour qu'une transition puisse s'opérer sans douleur, est un motif d'inquiétude. La suite donnée au Grenelle de l'Environnement sur ce point alimente le doute sur la sincérité des acteurs. Il était prévu, et inscrit dans le plan Ecophyto, lancé en 2008, que la consommation de pesticides allait être divisée par deux en 10 ans. Le constat est consternant : bien que la France soit déjà parmi les plus gros utilisateurs de produits phytosanitaires, elle est parvenue à accroître sa consommation. Encore un domaine où l'inversion de la courbe se fait attendre. Les mécanismes et les acteurs dominants sont inféodés à un type d'agriculture. Les annonces et les plans qui les conduiraient à se remettre en question se révèlent inopérants. Cette constatation donne du crédit à tous ceux qui réclament une interdiction immédiate du glyphosate. Les manoeuvres d'obstruction, à la façon du tabac, ont encore de beaux jours devant elles, comme nous le voyons aujourd'hui. Elles pourraient bien se retourner contre leurs auteurs, et surtout contre leurs clients, les agriculteurs figés dans leur attitude de refus du sens de l'histoire.

Edito du 22 novembre 2017

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