Global thermique ou global tout court ?

En ajoutant l’adjectif thermique, la convention citoyenne pour le climat est passée à côté du problème. C’est souvent ce qui arrive quand on lance une réflexion avec une orientation exclusive. La rénovation thermique des bâtiments est en effet une priorité, mais elle peut être aussi une occasion à saisir pour d’autres priorités. Le confinement en a d’ailleurs été un révélateur, que les 150 citoyens n’ont manifestement pas perçu. C’est la qualité « globale », pour reprendre le mot, qui est le sujet. Notre parc immobilier ne correspond pas aux besoins. Nous savons que les logements sont trop petits, déplorables au plan acoustique, mal connectés aux réseaux numériques, qu’ils n’ont pas été entretenu depuis des années, qu’ils ne sont pas, dans de nombreux cas, adaptés au handicap et notamment à la vieillesse, et d’une manière générale qu’ils ne correspondent pas aux exigences de la vie d’aujourd’hui. C’est vrai aussi bien dans les villes et les banlieues, que dans les campagnes qui voient les centre-bourgs se dépeupler au profit d’extensions mal conçues.

Michel Mousel

michel mousel2L'association 4D, Dossiers et débats pour le développement durable, m'apprend la disparition de Michel Mousel, son fondateur, parmi de nombreuses autres qualités. À son retour de la Conférence des Nations Unies de Rio en 1992, convaincu de l’importance des débats sur le  développement durable, il propose de créer une instance citoyenne sur ce thème avec l’idée que c’est l’affaire de tous et qu’il faut, à la fois, se préoccuper de l’environnement, des inégalités sociales et de l’action économique : c’est alors la naissance de 4D (Dossiers et Débats pour le Développement Durable) autour de cette triple approche.Pour lui rendre hommage, voici un texte paru dans Mouvement 2005/4 (n°41) où il donne son sentiment sur le Pilotage du développement-durable 

Le développement-durable dont il est question ici n’a rien de commun avec la version dégradée, anesthésiée et désamorcée du même vocable, qui participe au bruit de fond de l’actuelle communication de toutes sortes d’institutions publiques ou privées. Celle qui sert, un peu trop facilement, de faire valoir à une critique du concept, souvent bien intentionnée mais conduisant finalement trop souvent à en nier le caractère concrètement subversif. Et donc à contribuer à son tour à le vider de son contenu, participant ainsi à ce qui le menace de la manière la plus redoutable : l’exfiltration de toute sa portée de renouvellement radical de la manière de concevoir et organiser la réponse aux périls qui menacent aujourd’hui l’humanité.
Le développement-durable n’est donc ni un rafistolage du « développement » tout court comme on l’entend dans le vocabulaire des institutions internationales, ni un relookage du thème de l’environnement, encore moins un synonyme de croissance (même affublée de « durable », ineptie par excellence).

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Quoi de neuf ?

Pas grand chose. La "convention citoyenne" a surtout recyclé des propositions mille fois entendues, ou de bonnes intentions comme le respect de la loi. Tout ça pour ça. L'objectif était-il de changer le statut de ces propositions, qui sont à présent portées par la convention plutôt que par des associations environnementales ? L'absence de nouveauté est malgré tout une déception. A quoi bon des regards neufs si c'est pour accoucher de vieilles revendications si légitimes fussent-elles ? Peut-être le contexte permettra-t-il de leur donner plus de crédibilité et d'opinions favorables, mais la difficulté sera de passer aux actes. Beaucoup d'obligations ou de contraintes dans ces 150 propositions, qui interrogent évidemment sur leur acceptabilité. On ne fait pas boire un âne qui n'a pas soif nous rappelle la sagesse populaire.

Gare au permafrost

Un sondage réalisé par l'institut BVA pour Greenpeace France montre que plus de 80% des français sont favorables à des contraintes pour les autres, mais beaucoup moins à des contraintes pour eux-mêmes, pour leurs achats par exemple. Quelle surprise ? Greenpeace aurait sans doute pu faire l'économie de ce sondage. Beaucoup sont par ailleurs persuadés que c'est notre mode de vie qui est à l'origine de la catastrophe sanitaire, notamment notre relation avec la vie sauvage. Il me semble pourtant que cette relation est bien moins intense qu'elle n'était, et que les marchés chinois aux animaux sauvages ne datent pas d'aujourd'hui, ils seraient plutôt en régression. L'exposition aux nouveaux virus est ancienne, et faisait des dégâts locaux tout en sélectionnant au cours des siècles les humains qui savaient leur résister. Des victimes probablement nombreuses, mais disséminées dans le temps et dans l'espace, et noyées au milieu de celles de maladies infectieuses. C'est sa propagation qui a pris de nouvelles formes, rapide et universelle.

Une occasion à saisir

La forte baisse du prix du pétrole depuis quelques mois pourrait être interprétée comme une mauvaise nouvelle pour l'environnement. C'est vrai du côté la concurrence avec les énergies renouvelables, malgré les progrès considérables qu'elles réalisent chaque année. Mais on peut voir les choses autrement, à partir des subventions que les Etats accordent aux énergies fossiles, soit pour aider à leur consommation, soit pour soutenir la production. "Le faible niveau de prix des énergies fossiles aujourd’hui offre aux pays une occasion en or d’éliminer progressivement les subventions à la consommation" nous dit Fatih Birol, Directeur exécutif de l’Agence internationale de l'énergie (AIE). Ce serait une bonne chose, ce serait de l'argent frais pour investir dans les renouvelables et les économies d'énergie.