Décrire le "terrain de vie"

Que va-t-on faire de tout ça ? L'accent est souvent mis sur la difficulté de dépouiller utilement les cahier de doléances et les innombrables apports attendus du Grand débat. Qu'il me soit permis de faire une suggestion sur ce point. Distinguer d'un côté ce qui relève du constat, du ressenti, de la description des "terrains de vie" selon l'expression de Bruno Latour, avec les attentes qui en résultent, et de l'autre les propositions d'actions.

La bonne question

Un bon débat, ce sont de bonnes questions. Ce n'est pas facile de trouver les bonne questions, celles qui n'enferment pas le débat au lieu de l'ouvrir. L'écueil le plus évident est de le lancer à partir de réponses, de solutions toutes faites proposées aux assemblées et aux groupes de citoyens. Des solutions miracle comme le référendum d'initiative populaire pour prendre un exemple à la mode. Le débat se cristallise vite, la réflexion est alors confisquée, le futur est enfermé dans ces propositions, alors que les questions, les problèmes à résoudre, comme la pratique de la démocratie aujourd'hui dans notre exemple, n'ont pas été clairement formulés ou ne l'ont été que partiellement, et qu'il n'y a pas de consensus sur l'objet véritable du débat. Poser les questions, et se mettre d'accord sur leur signification est la première étape de tout débat réellement ouvert.

Parier sur l'avenir

Les gilets jaunes sont fils de la civilisation de l'automobile. C'est le prix du carburant qui a été le détonateur, et la question du déplacement obligé est toujours mise en avant. L'attachement à la voiture individuelle reste vif, et les solutions du type covoiturage ou auto partage, ou encore voiture à la demande (VAD) n'ont pas vraiment été évoquées, non plus que le coût réel de l'automobile, dont une part importante est prise en charge par la collectivité. L'étalement urbain coûte très cher, aux particuliers, obligés de prendre une voiture pour des actes courants de vie ordinaire, aller au travail, faire ses courses ou conduire les enfants à l'école, et pour la collectivité, qui doit entretenir les routes et les nombreux réseaux liés à l'habitat, eau, énergie, et organiser les services publics, collecte des déchets notamment, sur de grandes étendues.

Qualité de vie : le retour

J'ai fait un rêve. Les écolos abandonnaient leur discours moralisateur et catastrophiste au profit d'un discours épicurien, pragmatique et résolument tourné vers les solutions. Celles-ci existent, elles s'inscrivent dans une approche dite du "double dividende", où tout le monde est gagnant, chacun de nous et la planète. "Mission possible" nous disent les industriels, "nous sommes prêts" disent les youtubeurs, les calculs économiques confirment que le développement durable évite des dégâts qui coûtent infiniment plus cher que les investissements nécessaires à la transition. Mais chacun hésite, et le discours traditionnel des écologistes, donneurs d'alerte à juste titre mais devenus ainsi des Cassandre qu'on ne veut plus entendre, rend peu crédible ce que nous savons, que les solutions sont là, et qu'elles nous ouvrent la voie pour entamer une nouvelle phase de la vie de l'humanité, celle de la croissance qualitative, fondée sur le génie humain et la recherche d'un bien-être compatible avec la finitude du monde.