Pendant le grand débat, le petit débat se meurre

Il s'agit de l'enquête publique, si utile pour améliorer les projets d'aménagement ou d'infrastructures. Souvent perçue comme "bidon", avec l'idée que les conclusions sont écrites d'avance, mais ce n'est pas une fatalité, et le travail de la commission nationale du débat public, la CNDP, tend à en améliorer la pratique. Recueillir l'avis du public, solliciter sa connaissance du terrain, comprendre les vrais besoins d'un territoire, ce n'est pas facile. Après une longue période ou les enquêtes étaient effectivement des formalités, un effort considérable a été fait pour en faire de véritables outils au service des projets. Au service, c'est à dire susceptibles de les amender, de les enrichir, et parfois de les rejeter s'ils ne correspondent pas aux besoins ressentis. Cet effort serait-il remis en question ?

Protéger ou soutenir ?

Dans sa tribune aux européens, intitulée "pour une renaissance européenne" et publiée dans la presse des 28 pays membres, Emmanuel Macron fait largement appel au mot "protéger". Un mot surprenant dans la bouche d'une personne qui prône la prise de responsabilité, et qui affirme qu'il ne faut pas tout attendre de l'Etat. Le mot "Protection" renvoie inéluctablement à la fragilité, ou la faiblesse. On protège le faible, et non le fort, alors que l'Europe est la deuxième puissance économique du monde. Il y a des populations fragilisées en Europe, bien sûr, et elles doivent être remises à flot, mais est-ce en les protégeant ou en les soutenant ? Protéger est statique et conduit à un repli frileux, alors qu'il faut avancer, et qu'un soutien s'avère nécessaire pour s'adapter aux nouveau monde, et à la finitude du monde.

La crainte d'être inutile

L'idée souvent répandue que la production de biens et services sera le plus en plus concentrée, ajoutée au constat d'un chômage irréductible, produit un sentiment dangereux : la crainte d'être inutile. Des pans entiers du territoire se sentent délaissés, des fractions de population, comme les plus vieux, se sentent aussi inutiles, et même des charges pour la société. Le discours dominant que l'avenir est dans les villes réduit les campagnes à des "buttes témoins", des restes d'époques anciennes. Depuis longtemps, les aménagements autour des villes et des villages ont en effet considéré l'espace agricole (et parfois naturel) comme des réserves foncières, où l'on pouvait s'étendre sans vergogne.

L'entreprise, acteur de la société

Qu'il est long, le chemin, et semé d'embûches. Il s'agit de la loi PACTE, et de son volet RSE, responsabilité sociale des entreprises. Un loi qui reconnait le rôle des entreprises dans la société, au-delà de leur simple rôle d'acteur économique. Et bien, la semaine dernière, les sénateurs ont supprimé l'article sur la RSE, article 61 de la loi PACTE, estimant que c'était "de la philosophie". Une approche bien archaïque, qui ne contribue pas à la gloire du Sénat. On s'interroge sur les lobbys qui ont obtenu cet amendement sénatorial, en espérant que les députés sauront rétablir une vision moderne de l'entreprise.

Le pouvoir de vivre

Relancée par Laurent Berger, la formule "pouvoir de vivre" était le titre du programme de Brice Lalonde aux élections présidentielles de 1981. Une formule fondatrice d'une nouvelle approche, où le bonheur n'est plus synomyme d'accumulation de biens matériels, achetés sur le marché, mais de satisfaction de besoins de mille manières, achat, certes, mais aussi échanges, services mutuels, changement de comportements. La vie va bien au-delà du marché. Vivre mieux n'est pas synonyme de gagner plus. la qualité de la vie sociale est ainsi remise en avant, avec son caractère immatériel qui dépend de phénomènes culturels autant que de phénomènes économiques.