Du coût perçu au coût social

Vous connaissez le célèbre adage : Privatisation des bénéfices, socialisation des coûts. Une pique qui vise le grand capital, pour être caricatural, mais qui concerne beaucoup plus de monde, et notamment des modestes citoyens qui font des dégâts dans leur vie courante. Ce que l'on appelle les "coûts externes" sont par nature socialisés, et payés par tout le monde. Et ils sont lourds, 100 milliards d'euros pour la pollution de l'air, produite en bonne partie par l'automobile au détriment des citadins, 60 pour le bruit. Ils sont élevés mais pas facturés, ils ont fait leur trou progressivement, de manière indolore. Ils ont été intégrés dans les calculs économiques des acteurs. Valeur zéro, puisque ce ne sont pas eux qui les assument. Tout retour en arrière, ou toute application simple du principe "pollueur-payeur", devient une affaire d'Etat.

Le moral des Français

Haro sur les Etats et leurs gouvernements qui ne font rien pour lutter contre le changement climatique ! Un peu facile, car nous savons bien que les Etats ne peuvent se permettre d'aller à l'encontre des aspirations de leurs citoyens. Bien sûr, nous voudrions aller plus vite et plus loin sur la voie de la transition, mais les dirigeants sont tenus par l'opinion publique et la capacité de blocage de certain groupes sociaux. Ils peuvent créer un cadre plus favorable à l'évolution des mentalités, mais attention à ne pas brusquer les choses, car les retours de manivelle sont toujours prêts à partir. Il n'y a que les régimes autoritaires qui peuvent se le permettre, comme le décrivait en 2014 le petit livre "L'effondrement de la civilisation occidentalee", où il apparaissait que seule la Chine pouvait adopter les mesures nécessaires.

Séduire les réfractaires

Sortir du nucléaire, adieu l'agrochimie, vivre sans plastiques, réduire sa consommation de viande, haro sur l'avion, etc. Voilà un bon programme pour la transition, mais qui heurte de plein fouet de nombreux intérêts, avec des emplois et des savoir-faire. Ne nous faisons pas d'illusions, les intérêts en question ne se laisseront pas faire, ils vont résister et même bloquer toute évolution. Laissez-nous le temps de s'adapter vont-ils dire, et ils vont faire durer, alors que la transition doit démarrer au plus vite, et à un bon niveau. Comment faire pour aller au-delà des dénonciations des lobbys et des manifestaions qui, parfois, ne font que creuser un fossé entre l'ancien et le nouveau monde, au lieu de jeter un pont pour faciliter le passage ? 

Une flèche qui rate sa cible

Le débat sur la fiscalité écologique repart de plus belle avec la rapport de la cour des comptes sur la taxe carbone. L'acceptabilité de cette mesure serait liée à la lisibilité de l'usage qui est fait de l'argent récolté. Nous sommes encore dans l'idée que la transition écologique pourrait être isolée du reste des politiques publiques, et pourraient ainsi faire l'objet de financements spécifiques. Bien sûr, il faut de l'argent pour isoler les logements, développer les énergies renouvelables et les transports en commun, mais la transition va bien au-delà. C'est tout notre mode de vie qui est concerné, avec l'alimentation, les politiques industrielles, les échanges internationaux, la recherche, l'éducation, la santé, la justice, etc. La transition n'est pas sectorielle, elle doit percoler à travers toutes les dimensions de l'action publique, si l'on reste sur la question des impôts, et sur nos comportements et nos modes de vie si l'on va au-delà.

Le développement durable, pour remonter le moral des Français

C'était y a 30 ans. Une rencontre interministérielle intitulée Ecologie et pouvoir proposait cette conclusion : le temps de l'alerte est fini, vient celui de l'action. Et pourtant, j"ai l'impression que nous sommes toujours dans l'alerte. Certes, depuis 1989 de nouvelles inquiétudes sont apparues. Le réchauffement climatique et la dégradation rapide de la biodiversité émergeaient, mais les préoccupations allaient plus aux pluies acides, à la couche d'ozone, à la protection de l'antarctique et à l'éléphant d'Afrique, pour ne reprendre que quelques dossiers emblématiques. Il semblait malgré tout qu'il fallait changer de registre, l'alerte étant entendue, pour laisser la place aux actions. ça va mieux, d'ailleurs, pour la couche d'ozone, et certaines espèces très menacées semblent aujourd'hui en meilleur état qu'alors.