Pendant les blocages, la publicité continue

La civilisation de l'automobile continue de s'afficher sans vergogne. Malgré l'impasse où nous a conduit une approche "tout auto" de notre économie et de nos territoires, la publicité pour les voitures déferle sans discontinuer sur nos téléviseurs. Pour des voitures toujours mieux équipées, si bien que les économies de carburant que le progrès permet sont en bonne partie compensées par les nouveaux services offerts, tel que le chauffage des sièges. Le silence des constructeurs auto et la désinvolture des pétroliers révèle une forme d'irresponsabilité. Après avoir profité largement du tout auto, de l'étalement urbain et des hypermarchés en périphérie, ils se retirent discrètement du débat. La crise actuelle et les "gilets jaunes" provient d'un mode de vie où l'auto est devenue indispensable.

Sortir du pétrole

Le carburant a pris la relève du pain comme détonateur révolutionnaire. Le prix s'envole, les automobilistes sont en colère, la révolution est en marche, si l'on ose dire. Pour calmer ces ardeurs, on parle de primes et de mesures pour atténuer la hausse. Les internautes (cités par LCI) ont pourtant fait le calcul : Avec une heure de SMIC, on pouvait acheter 3 litres de carburant en 1973, 5,8 litres en 2001, contre 6,7 litres en 2018. Une baisse de prix significative et continue, et cela d'autant plus que les voitures consomment deux fois moins d'essence au km entre 1973 et aujourd'hui. En 2018, une heure de smic permet de rouler 134km, contre 30 en 1973. Le sentiment de "vache à lait" semble bien exagéré, mais il est bien ancré, et provoque des manifestations.

Tout le monde s'en fiche

C'est ce qui se disait Nicolas Hulot, alors ministre, en présentant son projet de loi sur la biodiversité à l'Assemblée Nationale. C'est évidemment là où est le problème, ou plutôt la solution. Nous avons le choix est entre deux attitudes : soit, compte-tenu de l'urgence encore rappelée par le WWF cette semaine, faire avancer la cause coute que coute, en mobilisant les pouvoirs publics et leurs moyens, réglementaires, humains et financiers, ou bien tout faire pour que plus personne ne s'en fiche. Il semble bien que ce soit la première option qui ait été choisie de fait. L'action sur l'opinion et la culture de nos concitoyens est bien sûr évoquée, mais nous savons que l'alerte répétée à l'infini ne suffit pas et peut être contre-productive.

La qualité contre la violence

Il n'y a pas de mystère. Au bureau comme à l'école, de bons locaux donnent de bons résultats. Un écart de productivité de 15% a été évalué entre des bureaux ordinaires et ceux qui sont bien éclairés, bien ventilés, bien traités du point de vue acoustique et thermique. La qualité des ambiances et de l'environnement au travail est un facteur de performance. Dans les écoles, de la crèche à l'université, de nombreuses études portant sur la lumière, l'acoustique ou la qualité de l'air montrent l'impact des locaux sur la capacité de concentration des élèves.

La finance sur le chemin de Damas

C'est peut-être de la finance que viendra le salut. Contre toute attente, tant sont nos récriminations vis à vis de ce monde qui ne semble sensible qu'à son seul bénéfice. C'est d'ailleurs de ce bénéfice qu'il est question. Le dérèglement climatique pourrait bien le remettre en question, et les échénaces se rapprochent. Le risque devient visible. C'est d'outre-manche que nous vient le signal du changement. La banque d'Angleterre constate que 10% seulement des organismes financiers qu'elle surveille s'inquiètent des risques à long terme. Elle vient de demander à toutes les banques et assurances de son ressort de désigner un dirigeant en charge de ces risques, et de publier chaque année un rapport sur le sujet.