Un cadeau intelligent pour Noël

Le grand débat sur la rénovation des bâtiments s’est ouvert le 20 décembre dernier, avec (presque) toutes les parties intéressées. Un absent de marque, en effet, autour de la table, le ministère de la santé. Comme si on rénovait pour le bénéfice de la planète, et pas pour celui des humains. La mauvaise qualité des logements est source de nombreux problèmes de santé, notamment l’hiver quand la précarité énergétique se fait sentir. De nombreux travaux en attestent, et une étude anglaise a chiffré les couts sanitaires : 3 fois les budgets nécessaires pour la réhabilitation. Au moment où l’on cherche à faire des économies d’argent public, voilà une bonne affaire, mettre plus de moyens pour améliorer l’habitat, pour réduire les dépenses de santé.

Mission possible

C'est possible. Ce sont plus de 200 experts de nombreux pays, représentant les industriels, qui le disent dans un rapport intitulé Mission Possible : Atteindre la neutralité carbone dans les secteurs difficiles à décarboner d’ici le milieu du siècle. Un  rapport de l'ETC (Energy Transition Commission) publié à la veille de la COP 24. C'est possible d'atteindre l'objectif de limiter le réchauffement àn 1,5°, avec les techniques connues aujourd'hui, et à un coût très faible, qui ne dépasserait pas 0,5% du PIB mondial. Décarboner d'ici 2050 les grosses industries émettrices de CO2 est possible, le rapport en fait la démonstration secteur par secteur, et donne quelques clés aux politiques et aux patrons pour piloter cette transition dans les meilleures conditions.

Taxe carbone et fiscalité écologique

Disons-le clairement, la taxe carbone ne résume pas à elle seule la ficalité écologique, il s'en faut, et heureusement. Une fiscalité écologique court deux lièvres à la fois, ce qui brouille parfois le message. D'un côté, il faut faire entrer de l'argent, c'est le but de tous les impôts. Et de l'autre, il tend à modifier les comportements, à encourager les attitudes vertueuses et à décourager les plus pénalisantes. Le caractère "écologique" d'une fiscalité doit s'appliquer à toutes les formes d'impôts sur des sujets susceptibles de toucher à la qualité de l'environnement. Impôt foncier, par exemple, pour encourager une gestion écologique ou décourager une artificialisation des sols. TVA et autres impôts sur des bien consommables, selon les impacts des produits concernés sur l'environnement.

Des subventions qui font mal

Il faut sans doute le rappeler : l'usage de la voiture coute très cher, et l'usager ne paie qu'une partie du coût réel. Il n'y a pas que l'essence, l'amortissement du véhicule, les assurances et le garagiste. Il y a la route et l'impact qu'elle a sur son environnement, la pollution de l'eau, de l'air, le bruit, les déchets (pneus, carcasses, batteries etc. que l'on retrouve dans la nature), l'effet de serre, les soins aux victimes des accidents. Les coûts "externes" de l'automobile sont lourds, plusieurs dizaines de milliards d'euros chaque année, bien plus que les taxes sur les carburants, mais ils sont diffus et parfois différés, si bien qu'on les oublie.

Je l'avais bien dit !

C'est toujours facile, après coup. Je l'avais bien dit ! Aujourd'hui, il s'agit de la bagnole. On découvre un problème que les grands acteurs politiques et économiques ont occulté pendant des dizaines d'années. Un problème multiforme, de dette financière, de dépendance, d'environnement et maintenant de pouvoir d'achat. La toute puissance de l'automobile s'est imposée progressivement, avec la bénédiction de l'ensemble des forces politiques à l'exception du mouvement écologiste qui a toujours fait part de ses réserves. D'autres voix nous ont alertés, aussi diverses que celle d'Alfred Sauvy (1) ou d'Ivan Illich (2). La voiture a dénaturé des villes, elle a transformé les campagnes, malheur à celui qui n'est pas motorisé ! Les problèmes d'aujourd'hui ne sont pas nouveaux, mais ils ont atteint un niveau insupportable. En désigner les dirigeants actuels comme responsables est évidemment tentant, mais l'important est de trouver une issue, comment sortir de l'impasse, même si je l'avais bien dit ! Et comme l'automobile a conditionné nos modes de vie, nos habitats, nos territoires, nos modes de production nos commerces, etc., la question va bien au-delà du simple transport. L'auto a dicté sa loi, et créé des délaissés, territoires ou populations à l'écart, qui se trouvent hors-jeu, pour reprendre deux mots de ce dictionnaire (je l'avais bien dit !). La sortie de cette dictature de l'automobile doit être engagée, comme une libération. Elle ne peut s'opérer contre les victimes de la situation actuelle, qui se méfient à juste titre de ceux qui les ont entrainé dans l'impasse. Leur résistance est d'autant plus forte qu'ils sont devenus des otages de l'automobile, des addictes qui craignent le sevrage qui les attend. Mais plus la transition tardera, plus elle sera difficile.

Autre sujet d'actualité : les cadeaux de Noël. Privilégiez l'imatériel, bien sûr, comme des spectacles ou des cours de cuisine. Il y a aussi les livres. D'ci la fin de l'année, les "notes de lecture" de ce blog seront consacrées à des beaux livres, à la fois durables et agréables. Des idées de cadeau ?

1 - Les 4 roues de la fortune, essai sur l'automobile, Flammarion, 1968
2 - Energie et équité, Le Seuil, 1973

Edito du 28 novembre 2018

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