Argent, Economie et PIB

Rage

Quand on veut tuer son chien, on dit qu’il a la rage. Quand on ne veut pas faire d’effort pour l’environnement, on dit que ça coûte cher.

Le raisonnement est fréquent, et repris notamment par la Commission consultative d’évaluation des normes (CCEN), dans son rapport 2011 (1). Il faut donc retarder ou atténuer certaines Mesures, pour que les collectivités Locales puissent les assurer convenablement. On ressent le même état d’esprit à la lecture du récent rapport de la Cour des Comptes, La situation et les Perspectives des finances publiques, publié début juillet 2012.  Ce point de vue ne semble pourtant pas partagé par les institutions internationales. La Commission européenne estime que l’Environnement profite à l’économie en général. Et rappelons que, pour l’OCDE, a dégradation et l'érosion de notre capital environnemental naturel risque de se poursuivre jusqu'en 2050, entraînant des changements irréversibles qui pourraient mettre en péril les acquis de deux siècles d'amélioration des niveaux de vie (2).
Chacun conviendra qu’une Analyse Coût-avantage d’une Politique ou d’un important Programme de mesures est Utile, et peut conduire à des ajustements. Les Moyens disponibles sont limités, et il convient de les déployer intelligemment. Encore faut-il que les Calculs soient complets, et n’oublient pas tout un volet Immatériel dont on sait par ailleurs que l’Avenir dépend. La rage vient vite à l’esprit de ceux qui veulent tuer l’environnement, ou du moins reporter tout ça à « plus tard ». Le virus est ici financier. Ça coûte trop Cher !
L’évaluation qui est faite par la Cour des comptes de certaines mesures sur le bâtiment et les travaux publics, infrastructures de transport notamment, ne fait pas apparaître la Valeur de l’Adaptation de professions et de modes de vie. La mise à niveau des professions face aux Défis du futur représente un investissement considérable, qui ne semble pas pris en considération. Une lecture trop superficielle, peut-être ? Espérons-le. De son côté, la CCEN trouve bien cher la mise en œuvre du Grenelle de l’Environnement, notamment dans sa partie énergétique. Seules les Economies d’énergie attendues sont comptabilisées en bénéfices attendus, ce qui est manifestement réducteur. Le volet entrainement et investissement pour l’avenir au-delà des économies d’énergie ne semble pas exister pour les évaluateurs. Si on pousse leur raisonnement, on se demande pourquoi, alors, investir dans des dossiers sans retour direct, comme  la lutte contre le Bruit, la biodiversité,  le Paysage, ou encore les Déchets ? La Commission européenne évalue la mise en œuvre de la politique des déchets (3). Elle permet de créer 400 000 emplois et d'économiser 72 Milliards d'euros par an par rapport à un scénario où la réglementation ne serait pas appliquée. Pour la Commission européenne, les réglementations, souvent accusées de coûter cher et de freiner le développement économique, sont en réalité rentables et Sources de nombreux Emplois.
La CCEN, sans doute toujours à la recherche d’un indice de rage,  s’inquiète du Prix (41M€) pour les collectivités des mesures de lutte contre la Pollution de l’Air intérieur, alors que l’impact sanitaire de la pollution de l’air coûte chaque année en France entre 20 et 30 milliards d’euros (4). Je n’ai pas de chiffres équivalents pour le prix à payer pour les erreurs en matière de développement urbain, avec le mal vivre et les voitures brûlées à la Saint Sylvestre, ou encore l’étalement des réseaux urbains et les difficultés d’accès aux services publics, à l’emploi et aux Commerces, mais il me semble que ce coût est bien supérieur aux 24,5 M€ exigés pour le renforcement des évaluations environnementales des documents d’urbanisme. Si cet investissement est déraisonnable, alors l’adage populaire ça coute cher d’être pauvre, avec ses aspects cumulatifs et creuseur inexorable d’inégalités,  semble être admis sans état d’âme par la CCEN.
Après l’environnement, ça suffit, voilà l’environnement ça coûte trop cher. Le coût du non environnement, du laxisme qui conduit à payer des fortunes le traitement d’une eau que l’on a laissé polluer, de la dégradation de paysages,  à la fois repères sociaux, source d’aménités et matière première du Tourisme, des politiques désastreuses d’implantations urbaines, ne serait-ce que pour les dépenses des ménages en mobilité « forcée », des nuisances sonores de toutes sortes et de bien d’autres encore, voilà de bonnes études à mener par la Cour des Comptes  et la Commission consultative d’évaluation des normes. De quoi vacciner ces institutions contre la rage. Elles n’auront plus Peur, alors, de s’approcher de l’environnement pour en constater les effets heureux pour l’économie.

1 - Voir l’article de Bénédicte Rallu Le Moniteur.fr du 19 juillet 2012
2 - Voir à ce sujet la chronique Rien faire
3 - Dans une communication relative à l'amélioration de la mise en œuvre du droit de l'environnement au sein de l'union européenne, adoptée le 7 mars dernier. Voir également à ce sujet la chronique Rien faire
4 - Selon une étude – non publiée à ce jour - commandée par le ministère de l'Ecologie à la Commission des comptes de l'économie et de l'environnement (CCEE) et titrée Santé et qualité de l'air extérieur, présentée www.actu-environnement du 17 juillet 2012.


Chronique mise en ligne le 22 jiullet 2012 

 

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