Argent, Economie et PIB

Immédiat

 

Le double dividende est une des voies vers le développement durable. Aux bénéfices à long terme, pour les générations futures, s’ajoutent des bénéfices immédiats. De quoi motiver les acteurs !

Nous vivons dans l’instant. Les promesses de jours meilleurs sont bien incertaines, un « tiens » vaut mieux que deux « tu l’auras ».

Pour les grandes décisions, le « court-termisme » est devenu la règle. Pour les politiques, la durée des mandats donne l’horizon, et pour les entreprises privées, c’est le retour d’investissement, qui doit être de plus en plus rapide. Le long terme ? Connais pas.
Pour le développement durable, nous sommes mal partis. Comment gérer des grands équilibres et des phénomènes lents, relégués à demain, même si ils sont déterminants pour l’avenir ? Il y a toujours plus urgent, il y a des gens qui souffrent, qui n’ont pas d’emploi, etc. Vous connaissez le discours, qui n’est pas sans légitimité d’ailleurs.
Le résultat est que les phénomènes lents, que l’on croyait loin de nous, finissent par se faire sentir, qu’ils coutent cher, et qu’il sera de plus en plus difficile de les repasser aux suivants. La politique de l’autruche ne fonctionne plus, mais nos structures de pensée et de prise de décision restent profondément marquées par ce sympathique volatil. Le long terme est gênant, surtout quand il se rapproche.
Le tout récent rapport groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat, le GIEC, aborde l’aspect économique des choses. Le réchauffement climatique coutera très cher. Les raisons en sont multiples. Perte de productivité de nombreux milieux avec des effets sur l’agriculture et la pêche, risques sanitaires, évènements climatiques de plus en plus violents, montée du niveau de la mer, etc.(1) Sur ce point, nous avons un échantillon grandeur nature pour nous éclairer. Les derniers évènements survenus dans le midi de la France s’expliquent par un phénomène exceptionnel, mais qui sera courant demain. La température de la mer Méditerranée est supérieure de 2 degrés aux moyennes saisonnières, et c’est cette température élevée qui est à l’origine des pluies diluviennes et des crues qui en ont été la conséquence.
Le prix est lourd, et pèsera sur le développement de nombreux pays, les plus fragiles étant pour la plupart parmi les plus pauvres. L’adaptation au changement climatique sera nécessaire, et doit être envisagée dès maintenant, si nous ne voulons pas être pris au dépourvu. En France par exemple, la région Aquitaine a lancé la réflexion en associant toutes les familles d’acteurs (2). Parmi les différentes approches, une est emblématique : Que devient le vin, richesse de cette région, avec le nouveau climat ? A l’échelle nationale, pour prendre un autre exemple, l’association Entreprises pour l’environnement pousse ses adhérents à auditer ses activités pour s’adapter(3).
Les bénéfices économiques à long terme sont clairement établis, même s’il y a débat, notamment en ce qui concerne les taux d’actualisation. C’est un bon investissement pour tout le monde. Les investisseurs devraient donc s’engouffrer dans cette ouverture. Il n’en est rien, ils craignent que le retour de l’argent soit incertain et tardif. Ils ont raison si on se cantonne au climat. Tout le monde bénéficiera des progrès, même ceux qui n’ont pas payé. Mais les retours d’investissement ne sont pas que climatiques. Ils peuvent être rapides et au profit des investisseurs. Un double dividende est possible, un pour eux, et un pour l’humanité. Les efforts pour le changement climatique sont le plus souvent porteurs d’innovations technologiques et d’amélioration de la qualité des produits. C’est une modernisation de l’appareil productif qui en est la conséquence immédiate, avec ses effets bénéfiques à engranger par l’investisseur.
L’exemple du bâtiment est significatif à cet égard, et il est important, puisque une petite moitié de l’énergie est consommée dans des bâtiments. Les immeubles de bureau performants du point de vue environnemental sont bons à terme pour le réchauffement climatique, et immédiatement, pour ses occupants. Ils ont une valeur plus importante, et offrent un cadre de travail plus agréable et plus productifs pour le personnel. La qualité de l’air intérieur, par exemple, est responsable d’écarts de 8 à 10% sur la productivité du personnel(4). Quand on sait que, dans le budget global d’une activité tertiaire, les charges en personnel se montent à 90% des charges totales, on voit l’intérêt immédiat que représente une bonne conception du bâtiment. Il en est de même pour l’environnement visuel, éclairage, vues, etc. La lumière du jour, dans les commerces, peut entraîner des hausses considérables du chiffre d’affaire, de l’ordre de 15 à 40%. Les économies d’énergie font aussi partie des avantages, mais ils sont faibles par rapport aux autres retours d’investissement. D’une manière générale, la qualité environnementale, globale, est largement et immédiatement rentable. C’est vrai dans le secteur privé, meilleure productivité du personnel et meilleure attractivité pour les clients, mais aussi pour le secteur public : meilleurs résultats scolaires dans les écoles, séjours plus courts des patients à l’hôpital, etc. Tous ces avantages se traduisent en argent sonnant et trébuchant.
Dans le logement social, hors marché, la qualité entraîne des baisses de charges et des économies d’énergie, mais aussi et surtout un bien-être accru pour les occupants, une meilleure appropriation des lieux avec les bénéfices qui vont avec : moins de vacance, moins de turn over, moins de dégradation. Des coûts évités significatifs pour les bailleurs.
L’exemple pris sur le bâtiment doit être étendu à d’autres secteurs. Par exemple, une conduite souple fera faire des économies immédiates au conducteur, et réduira à long terme l’effet de serre. Les grandes flottes de transporteurs routiers l’ont bien compris.
Les bénéfices de la recherche de durabilité ne sont pas que pour plus tard, et plus loin. On peut les recueillir immédiatement, ici et maintenant. C’est d’ailleurs le sens de la définition donnée dans le rapport Brundtland, gagner à la fois dans le présent et le futur. Cherchez le double dividende, le développement durable viendra avec !

1 - Voir note de lecture « Le défi climatique »
2 - Voir note de lecture « Les impacts du changement climatique en Aquitaine »
3 - Voir note de lecture « Les entreprises et l’adaptation au réchauffement climatique »
4 - Selon une étude du Word Green building Council, présentée au symposium Active House, 29 octobre 2014, à Barcelone « Health, Wellbeing &Productivity in Offices »

 

 

 

Mots-clés: avenir, progrès, environnement, dividende

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