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Donnant-donnant

Le terme souvent employé à propos du développement durable est "gagnant-gagnant". Un double dividende, pour reprendre un mot dans l'univers de la finance. A ne pas confondre avec "donnant-donnant".

Le mot est mis à la mode par le président du MEDEF. Il n’en veut pas. Pas d’accord « donnant-donnant » pour relancer la machine économique. Pas d’engagement comptable sur les créations d’emplois. Et il a raison. La dynamique économique procède de lois multiples, parfois contradictoires, et il est bien hasardeux de prendre des engagements chiffrés et datés.
Une autre expression vient à l’esprit, que l’on aurait bien aimé voir reprise dans ces débats entre gouvernement et MEDEF tout d’abord, et ensuite avec de nombreuses autres forces sociales et politiques : gagnant-gagnant. L’important est d’avancer ensemble, et de « gagner » tous ensemble. Chacun, dans son rôle, apporte sa contribution, et la conjugue avec celle des autres. On aurait bien aimé voir comment les décisions des pouvoirs publics pouvaient se conjuguer avec les intérêts de toutes les composantes de l’entreprise, pour leur bonne santé, et ceux de la collectivité dans son ensemble, qui a besoin de croire en son avenir et de satisfaire ses besoins immédiats.
Il ne suffit pas de travailler sur les moyens de production. Les 35 heures ont été l’occasion d’un assouplissement des horaires dont le patronat a été très satisfait. Les milliards d’euros au profit des entreprises sont importants, mais le bilan des entreprises n’est pas fait que d’argent. L’observatoire de l’immatériel(1) a fait clairement apparaître d’autres facteur de succès, comme la satisfaction des personnels et des clients, ou encore leur compétence et leur fidélité. Une étude récente montre un écart significatif de productivité du travail entre les entreprises ayant adopté des standards environnementaux ambitieux et les autres(2). Des paramètres absents des bilans, et pourtant déterminants pour l’avenir des entreprises. La « relance » de l’économie n’est pas qu’une affaire d’argent, et l’équation « tant d’argent = tant d’emplois » n’a pas de sens.
Ces observations, largement partagées, montrent la nature des efforts à consentir. Au-delà des charges financières, il y a l’ambiance dans les entreprises, et le sentiment du « gagnant-gagnant » entre ses différentes composantes. Notre histoire et notre culture semblent réfractaires à cette simple idée. Des restes de la lutte des classes, sans doute. L’idée que le patronat et les personnels, sans parler des clients et des sous-traitants, des fournisseurs, puissent trouver des terrains d’entente nous semble étrangère. Le simple fait de l’émettre provoque des sarcasmes, comme les références au bisournours, ou des hurlements pour condamner des trahisons. Nous voilà renvoyés à des négociations de marchand de tapis, où le donnant-donnant est roi. L’absence de confiance en une dynamique commune, qui profite à tous les acteurs, conduit inévitablement à un repli de chacune des parties sur son pré carré, accompagné bien sûr de déclarations démagogiques pour se faire bien voir de son propre camp. Le donnant-donnant mesquin s’oppose au gagnant gagnant, généreux et productif.
C’est donc vers cette voie que le dialogue doit conduire. De nombreuses initiatives vont dans ce sens, comme la « coalition pour une économie verte », green economy coalition(3) en VO, qui a tenu son global meeting annuel à Londres les 1 et 2 septembre, avec des ONG, des agences des Nations Unies, des organismes patronaux et syndicaux. « La prospérité pour tous en respectant les limites de la planète », voilà une perspective rassembleuse.
Il n’est pas nécessaire d’être d’accord sur tout pour travailler ensemble. Les 70 ans de la libération de Paris nous le rappellent avec force, s’il en était besoin. L’union des forces de la résistance a permis de libérer et de sauvegarder Paris, malgré les différences idéologiques qui les divisaient. Elle a permis de mettre en place une administration nationale et territoriale qui a évité à la France de tomber sous administration américaine. La coopération pour des objectifs communs n’est pas une utopie. 
Refuser le donnant-donnant est un bon réflexe, à condition qu’il soit accompagné d’un engagement d’un autre ordre, de contribuer à l’émergence d’une dynamique partagée, qui donnera bien d’autres résultats qu’un simple marchandage. La « standing ovation » dont le Premier ministre a bénéficié est-elle le gage de cet engagement ?


1 - www.observatoire-immateriel.com
2 - Magali Delmas de l'Institut de l'Environnement et Sanja Pekovic de l'Université Paris-Dauphine : "Standards environnementaux et productivité du travail : comprendre les mécanismes qui soutiennent le développement durable" publiée dans le Journal of Organizational Behavior
3 - www.greeneconomycoalition.org

 

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