Culture, valeurs

Nuit


Les Etats généraux de la Nuit, convoqués à Paris les 12 et 13 novembre derniers, offrent une illustration d’une exigence du développement durable, sortir des contradictions « par le haut ».


A ma droite, les bons vivants, ceux qui veulent profiter de la nuit pour chanter et danser, s’interpeler dans la rue, jouir sans Entrave. A ma gauche, les braves gens qui ont travaillé dur et qui souhaitent dormir en Paix, ou bien les parents qui ne veulent pas que leurs enfants soient réveillés dans leur Premier sommeil. Les fêtards invétérés contre les tristes rabat-joie. Une Caricature grossière, évidemment.



Il est vrai qu’il est bon de se détendre, que nous en avons bien besoin. Il est heureux qu’il y ait des bars et des cafés, où l’on se rencontre, où l’on se retrouve, où on regarde ensemble le match de foot plutôt que chacun chez soi devant sa télé. Quand on est petitement logé, on aime bien fêter des anniversaires ou des évènements dans les lieux faits pour ça. Et comme mon appartement n’est pas vraiment isolé, je gêne moins mes voisins en allant danser dans une boîte de nuit que chez moi.
Les lieux de vie nocturne répondent à des besoins, ils sont légitimes. Leur absence conduit souvent à des dérèglements, des fêtes sur les parkings, voire dans les cages d’escalier. Ils contribuent en outre à l’attractivité des Villes, à leur rayonnement, avec les aspects culturels et économiques qui en résultent : il faut des scènes pour les jeunes artistes ; le Tourisme est la première activité au monde et en France. Il est par définition non délocalisable, mais la concurrence est rude, les flux de fréquentation peuvent vite basculer vers d’autres villes, d’autres ambiances. Il n’y a pas que le tourisme. L’Image des villes est aussi un des éléments de Choix pour l’implantation d’entreprises. Une ville bien vivante et créative, voilà ce qu’il nous faut.
Bien dormir. Une nécessité biologique, même l’été quand les fenêtres sont grand ouvertes, ou quand elles le sont pour le simple besoin de renouveler l’Air. Notre équilibre et notre Santé en dépendent. Il y a aussi le Plaisir d’écouter un disque, de parler sans avoir à élever la voix, à ne pas faire répéter son interlocuteur. Au-delà de la santé, il y a la gêne. La vie en société et les avantages qu’elle procure conduisent à accepter un peu de gêne, mais il y a des Limites. Je veux bien accepter un peu de gêne, si je sens que le « gêneur » fait aussi des efforts de son côté. A l’inverse, je vais me cabrer si je pense qu’il se moque de moi, et qu’il considère que c’est moi le gêneur.
Pour couronner le tout, ajoutons que nous sommes alternativement dans les deux positions. Tantôt nous voulons nous détendre et chanter toute la nuit, tantôt nous aspirons au Calme. Cette alternance se fait au cours de la semaine selon les jours et les opportunités, ou au cours de la vie selon les âges et les aléas de la vie. Nous voilà donc en présence de deux légitimités, de deux besoins de nature différente mais tout aussi réels. Comment gérer cette contradiction, comment en sortir « par le haut » ? Choisir un camp serait exclure l’autre et nier son intérêt. C’est ce qu’il faut faire dans les cas Extrêmes, mais c’est alors un constat d’échec.
Un mot pour résumer le dilemme : musée. On se l’envoie à la figure, comme un épouvantail : nous ne voulons pas de ville musée. Les uns affirment que la trop forte pression sur les lieux bruyants la nuit figent la ville en un « musée ». Les autres répondent que la ville musée serait celle réservée aux fêtards et aux touristes. Pauvre musée, tout surpris de se trouver au centre d’une polémique de ce type, avec une image bien terne et passéiste de surcroît.
Il y a des réponses techniques. Des aménagements intérieurs tout d’abord. Une bonne isolation phonique, des limiteurs de niveau sonore, des sas pour éviter les fuites de décibels sauvages à chaque entrée ou sortie. Et puis, il y a les fumeurs, qui sortent pour tirer sur leur clope, en discutant bien sûr. Pour eux, on peut prévoir des fumoirs, pièces où le personnel ne vient pas, et où les fumées sont évacuées. Il faut de la place pour ces aménagements, il faut aussi de l’argent, et parfois ça ne passe pas pour l’une ou l’autre de ces raisons. Soyons clairs : il a des lieux qui ne sont pas faits pour ça. Pour l’Argent, si l’affaire est viable, un emprunt doit être possible. 
Il y a aussi la concentration des établissements bruyants. Des rues dédiées aux plaisirs nocturnes. Il est vrai que l’animation fait vite boule de neige, et que la gestion au coup par coup ne répond pas au besoin. C’est une vision d’ensemble par Quartier, ou par rue, qui serait souhaitable. Il y a aussi des quartiers démunis, sans lieux de vie nocturne. 1000 à Paris, contre 60 en petite couronne. Un déséquilibre dont tout le monde est victime, les uns par excès et Les autres par Défaut. Il y a surement des solutions à rechercher dans une meilleure répartition des bars et discothèques.
Autre piste : la médiation, le dialogue. Pas toujours facile. Il y a bien sûr des voyous, là comme ailleurs, auxquels le respect strict de la Loi doit être rappelé fermement. Pas de médiation sans police. Quelle est la récompense de ceux qui se préoccupent du bien-être des voisins si ceux qui s’en fichent restent impunis ? La possibilité d’un recours à la police est le fond de décor indispensable.
Restons à présent entre gens de bonne Volonté. Pour les uns, on verra plus tard, il y a toujours plus urgent. Dans certains cas, le véritable Patron n’est jamais là. Il n’y a qu’un employé dont la responsabilité est réduite, et c’est le chiffre d’affaires qui prime. Dans d’autres cas, la multiplicité des établissements dans la même rue rend difficile l’action individuelle. Et puis les lieux de vie ont leur propre attractivité : leurs habitués viennent sentir l’ambiance, mais ne fréquentent pas forcément les établissements. La rue et son animation, ses Lumières et le Mouvement, leur suffisent. La médiation doit déborder le cadre strict de chaque établissement. 
Les solutions sont d’ordres très différents. Elles constituent une gamme étendue, où il faudra puiser selon la nature précise de la situation. Concluons ce rapide survol de la nuit par une observation générale : aucune solution ne se suffit à elle-même. C’est un ensemble qu’il faut mettre sur pied, et faire vivre dans le Temps. Les aménagements Physiques comme le dialogue s’usent si on ne les entretient pas régulièrement.


Chronique publiée sur le moniblog le 14 novembre 2010

 

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