Culture, valeurs

Faute

Qui est le coupable ? Quand tout va mal, la tentation du bouc émissaire est forte. On cherche un coupable, ou à défaut un responsable. A qui la faute ?

Combien de fois avons-nous entendu la nouvelle à la radio : un Accident de la Route provoqué par le verglas. C’est la faute au verglas ! Et pourtant, nos savons que des milliers de voitures sont passées ce même Jour au même endroit, sans pour autant sortir de la route. La faute est ailleurs, le verglas ne peut constituer l’explication du sinistre. Ce sont les comportements des automobilistes – ils sont en Retard, et prennent des Risques inconsidérés, ils connaissent parfaitement le parcours, et pourraient le faire les yeux fermés, etc. -, c’est l’état des voitures et des Équipements –comme des Pneus mal gonflés – et souvent tout ensemble, qu’il faut incriminer. Le verglas se révèle souvent n’être que la goutte d’eau, la fameuse qui fait déborder le vase, mais qui serait sans effet si le vase n’avait pas été préalablement rempli à ras bord.
En matière économique, la transposition se fait avec la Crise. Elle a bon dos. Elle explique les déficits, les fermetures d’usines, les délocalisations. Oui, la crise rend plus compliquée la conduite des affaires, comme le verglas pour la conduite d’une voiture. Mais elle n’explique pas tout, et de nombreuses Entreprises tirent leur épingle du Jeu. Tout comme les Automobilistes qui traversent les plaques de verglas sans sortir de la route. Ils adaptent leur conduite, leur Vitesse, leurs changements de direction, leurs Distances de sécurité. Ils anticipent.
Anticiper, c’est justement un des mots clés du développement durable. La crise est effectivement terrible, et ses effets douloureux, mais elle ne fait souvent que révéler la fragilité d’une entreprise et même d’une  économie. Il n’y a pas de GPS pour guider les entreprises, mais de nombreux organismes de pilotage, publics ou patronaux notamment, qui donnent des indications sur les orientations à prendre. On entend parler de Choix stratégiques malheureux, et il faut dire que la boussole s’affole facilement. C’est aujourd’hui le court terme qui donne le Nord, et il bouge souvent. Le conjoncturel tient lieu de structurel, et les différences de temporalités rendent les prévisions hasardeuses. Ce qui est vrai aujourd’hui sera faux demain, et réciproquement. Le Temps de la Finance est infiniment plus rapide que celui de la « vraie économie », des entreprises de production, confrontées à des exigences humaines et matérielles. Comme le dit Hartmut Rosa, « l’accélération rapide des marchés financiers après les révolutions politique et numérique, autour de l’année 1989, a clairement amené une rupture nette entre les vitesses en constante augmentation de l’investissement et du capital, d’une part, et le rythme tranquille de l’économie « réelle », c’est à dire de la production et de la consommation réelles, d’autre part »(1).
C’est donc la faute au code de la route de l’économie, qui ne s’adapte pas aux nouvelles réalités, et aux décalages de vitesses entre les différents aspects de l’activité humaine. Des « accélérations » non maîtrisée. Il manque quelques radars pour veiller à ce que les écarts de vitesses des usagers de cette « route » bien particulière ne soient trop importants, Source de tous les dangers.
Comment avancer malgré tout, et ne pas commettre de Faute irrémédiable ?
Bien sûr retrouver le Nord, avec une boussole réglée sur le long terme, sans négliger pour autant le baromètre qui permet de prévoir les dépressions, et de choisir le cap en conséquence. Il s’agit de naviguer dans une Mer instable, mais sans perdre de vue la destination, l’objectif de développement humain de l’entreprise ou d’une collectivité plus large. C’est ensuite le Capital humain qu’il faut préserver et sans cesse conforter, et tout le potentiel de production, sans présumer toutefois de la nature précise de ladite production, laquelle devra s’adapter en permanence. La « Compétence » de l’entreprise, au sens du « bilan de compétences »,  doit pouvoir être valorisée de plusieurs manières. La capacité à « coller » à la demande, ce qui implique souvent une proximité avec le consommateur, sera un atout à préserver. N’oublions pas les jumelles, et les capacités d’anticipation. Voir loin et savoir réagir promptement, et cela d’autant plus que l’on pilote un gros navire. Le syndrome du Titanic guette aussi les entreprises, de moins en moins protégée par le « too big to fail ». Et puis bien sûr, un sens de l’opportunité, pour reprendre le cap quand les Vents sont favorables, et « tirer les bords » nécessaires dans le cas contraire, voire faire des détours pour éviter les écueils.
La faute n’est pas aux circonstances, ou au contexte, elle est au pilotage, à la manière de conduire, que ça soit une voiture, une entreprise, un pays ou sa vie personnelle. La difficulté vient du fait qu’il y a bien longtemps que l’on a appris à conduire, et que le monde a changé. « Nous n’habitons plus la même planète que nos aïeux. Le leur était immense, la nôtre est petite », disait Bertrand de Jouvenel(2). Les routes et les voitures ne sont plus les mêmes,  Le « code » non plus.  Il faut le reconstruire à l’aune du développement durable, pour éviter d’aller à la faute.

1 - Hartmut Rosa, Aliénation et accélération, La Découverte, 2012
2 – Bertrand de Jouvenel, Arcadie, Essai sur le mieux vivre, 1968


 Chronique mise en ligne le 20 avril 2013

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