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Sortir

Il n'est pas besoin de craindre l'enfer pour être honnête, et il n'est pas non plus besoin d'agiter la peur de la catastophe pour promouvoir le développement durable. Sortir du nucléaire doit être la conséquence normale d'une nouvelle civilisation, et non sa cause.

L’anniversaire de la Catastrophe de Tchernobyl et le drame de Fukushima relancent la question de sortie du nucléaire. Les arguments sont parfois surprenants. Devant la centrale du Blayais (Gironde), une manifestante entendue à la radio annonçait par exemple sa détermination : elle est prête à abandonner sa machine à laver et ses différents robots ménagers. Nous sommes bien mal partis.
Le retour en arrière, la Caricature de l’écologie est portée par les militants écolos eux-mêmes. A quand l’évocation suprême de la bougie ? Ce n’est pas avec ce genre d’arguments que l’on convaincra les larges pans de la population qui aspirent à plus de bien-être, plus de confort. Bien sûr l’assimilation du Bonheur et de la possession déraisonnable de biens matériels  est un problème de développement durable, mais ce n’est pas en se privant que l’on progressera. C’est en offrant une autre perspective de croissance, et oui reprenons le mot, une croissance en termes de Qualité de vie, de Santé, de relations avec ses proches. Une croissance qui fasse Envie, et qui supplante celle qui nous est proposée par des marchands de biens matériels.
Ces biens ne sont pas à proscrire pour autant. Il faut juste les remettre à leur place. Ils nous rendent des services, notamment écologiques. Une machine à laver la vaisselle consomme moins d’eau et d’énergie qu’un lavage à la main. Le Progrès n’est pas de s’en passer, mais de bien les utiliser. Il faut que ces matériels marchent à plein rendement, il faut qu’ils soient solides et économiques, etc.
Selon les cas, le progrès est dans le bon remplissage des machines, dans leur usage mutualisé, partage ou location, dans le recours à des professionnels bien outillés. Laver sa vaisselle une fois sa machine remplie ;  partager un lave-linge, ou aller à la laverie automatique du coin de la rue ; faire tondre sa pelouse par un tondeur équipé d’un matériel performant et peu polluant : trois exemples de progrès écologiques, face à l’obsession de la propreté qui conduit à multiplier les vaisselles, ou à posséder un matériel très sous utilisé, et à polluer un maximum avec sa petite Tondeuse perso. La sortie du nucléaire n’est pas dans la privation, mais dans l’Intelligence. Restons un instant sur la lessive : l’enjeu énergétique est pour une bonne part dans le chauffage de l’eau de lavage. Sortons du nucléaire grâce à des lessives efficaces à basse température, et en multipliant les chauffe-eau solaire, technique bien maîtrisée et économique, y compris au Nord. De la recherche scientifique d’un côté, et de bons plombiers solaires de l’autre, voilà ce qu’il nous faut, et c’est plus enthousiasmant que de revenir à la lessiveuse.
Ce raisonnement, développé dans le domaine ménager, pourrait l’être dans bien d’autres, notamment les transports : Le partage des voitures, le covoiturage, la Location facile, demandent des efforts : il faut changer ses Habitudes, et c’est bien ennuyeux. Mais on y retrouve du Pouvoir d’achat et de la convivialité. Adieu les soucis d’entretien et de garage, sans perte du Plaisir de disposer d’un véhicule quand on le veut. La voiture, c’est la liberté ! Et bien d’accord, et cela d’autant plus que l’on n’en est pas propriétaire. Le terme « Auto lib », appelé sans doute à un grand Avenir, est très clair à ce sujet. Ce n’est pas en revenant en arrière, mais en franchissant une nouvelle Etape, que l’on sortira du nucléaire. Une étape de civilisation autant qu’une étape technique.
L’argument que l’on sent poindre pour la défense du nucléaire, en cette époque où le pouvoir d’Achat est sacré, est bien la remise en cause de ce dernier. Le Prix de l’énergie augmentera fortement si nous « sortons du nucléaire ». Des privations en Perspective, perspective confortée par notre militante du Blayais, bien triste perspective. Une grave erreur pour les écologistes serait de conforter cette vision, ascétique, moralisatrice, et bien peu mobilisatrice. Nous n’avons pas besoin des catastrophes pour penser qu’un autre mode de vie est possible, avec du plaisir, moins de stress et pour chacun une meilleure maîtrise de son destin. Il n'est pas nécessaire de craindre l'enfer pour être un "honnête homme".
Fukushima est à ce titre une catastrophe paradoxale. Elle renforce le catastrophisme des écologistes, c'est-à-dire une stratégie suicidaire. La crainte de la catastrophe est une forte incitation au repli sur soi, au retour en arrière sur des certitudes rassurantes mais dépassées. C’est le contraire de la nécessaire exploration de voies nouvelles, de la construction d’un monde à imaginer, ce qui est quand même plus rigolo que de se terrer dans un trou en attendant des jours meilleurs. Le pire est que ce discours alarmiste est assourdissant, et rend peu audible l’appel d’une écologie plus sereine, créative, et même hédoniste. Le monde d’aujourd’hui est à bout de souffle à bien des égards, comme en témoignent les crises multiples que nous connaissons, mais ce n’est pas en le répétant sans cesse que l’on en sortira. L’objectif est de mobiliser la créativité de la société, comme les Lumières l’avait fait au 18e siècle.

Chronique mise en ligne le 2 mai 2011

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