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Faillite

La Grèce fait la Une des journaux, mais c'est notre Premier ministre qui affirmait, il y a quelques années, que la France était en faillite. Il ne s'agit toutefois que d'argent, donc de conventions humaines. Le vrai danger serait de mettre la Terre en faillite.

La France est-elle en faillite ?

Le Débat est ouvert ! La France s’enfonce dans un déficit non seulement chronique, mais qui s’accentue année après année. Cela fait des années que la France n’a pas adopté de budget en équilibre, les comptes sociaux creusent encore au fond de leur trou, etc. Que n’entend-on pas sur cette douloureuse question des dépenses publiques, avec en fond de décor le pacte de stabilité et des engagements européens et internationaux. Mais que dire de la planète, laquelle est en déficit de plus de 20% par an, un déficit qui pourrait atteindre 100 en 2050 si rien n’est fait pour réagir à ce délit massif de grivèlerie ? Il faut le dire clairement, nous consommons sans avoir les moyens de payer.  

Il ne s’agit pas ici de déficit financier, mais d’un déficit matières. Et c’est beaucoup plus grave. La Terre consomme aujourd’hui un cinquième de plus que ce qu’elle produit, en Richesses utiles à la vie, et non en papier monnaie. Les budgets financiers ne traduisent somme toute que des conventions entre les hommes, avec des institutions pour les gérer. Ce sont des constructions humaines, qui doivent rendre compte du niveau de production et d’échanges, mais qui ne s’intéressent guère au Capital productif autre que celui créé et possédé par les hommes. Nous savons que ce n’est qu’une vision réductrice des choses, et qu’elle peut masquer l’essentiel. Les dettes des uns sont les créances des autres, et la question du déficit renvoie plutôt à celle du Pouvoir : qui détient les rênes, qui contrôle, qui choisit notre avenir ? Nous conviendrons sans difficulté qu’il vaut mieux rester Maître de son destin, et que l’endettement, dans cette perspective, n’est pas ne bonne chose. Nous savons aussi que le créancier et le débiteur sont condamnés à vivre ensemble, dès que la dette atteint un niveau suffisant pour que le créancier s’en sente aussi responsable. Les endettés peuvent avoir une position dominante, comme les Etats-Unis, et on voit bien que la question de la dette est bien plus complexe qu’il ne paraît. On nous dit d’ailleurs que, toute endettée qu’elle soit, la France représente un bon risque.

Il en est tout autrement quand il s’agit de la dette physique, en termes de richesses produites et de ressources consommées, surtout quand le Calcul est fait à l’échelle de la planète. Il ne s’agit plus de convention ni de relations de pouvoir, mais bien de capacité à produire. On aimerait bien que les hautes personnalités qui s’intéressent aux déficits publics, que les bons apôtres de l’orthodoxie budgétaire se penchent sur cette question. Cela fait trente ans que la Ligne rouge a été franchie, que la pression sur la planète, mesurée en prélèvements de ressources et en pouvoir de régénération de nos rejets dans les milieux, dépasse la capacité de compensation de la planète. Depuis le milieu des années 1970, l’empreinte écologique de la planète est supérieure à son enrichissement naturel.

 

L’affaiblissement continu du capital nature, dont on mesure chaque jour les effets, est masqué par de fortes inégalités entre régions du globe, mais depuis la déclaration de Jacques Chirac à Johannesburg, en 2002, chacun sait qu’il faudrait trois planètes si tous les terriens vivaient comme les européens. Ces inégalités ont permis à une partie du monde de vivre largement au-dessus des standards que la planète autoriserait si elle pouvait s’exprimer. Aujourd’hui, avec la demande légitime de peuples très nombreux à sortir de la pauvreté et à atteindre un bon niveau de dignité, ce que l’on appelle le développement humain, il est clair que la question du déficit des comptes planétaires va se poser avec de plus en plus de force. Il va falloir trouver de nouveaux équilibres, qui permettront à l’humanité de vivre sur le flux des richesses produites chaque année par la planète, en renforçant sa capacité de production au lieu de la réduire ainsi qu'on le constate, par exemple, avec la disparition de zones de forte productivité, comme les marais, et les difficultés croissantes de la pêche en Mer.

La France en faillite est un bon débat de politique intérieure, qui ne doit pas être négligé, mais il reste mineur à coté de la question de la Productivité de la planète, enjeu majeur du siècle qui vient de commencer. La faillite de la Terre nous menace. Au-delà des comptes financiers, il y a la réalité physique. Ne pas l’oublier est la première condition du développement durable.

 

Chronique mise en ligne le 24 septembre 2007, revue le 10 mai 2010.

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