Commerce et distribution

Caddy

La lutte contre le gaspillage alimentaire doit être menée tout au long de la chaine, de la production à la consommation. Elle illustre avec force le concept du « double dividende ». Prenez votre caddy, et entrez au supermarché !

Le Super U de Nozay, non loin de Nantes, l’a fait : il a réduit de moitié le volume de ses déchets.

Il a fallu 4 ans et une démarche innovante pour y parvenir, mais cela en vaut la peine. 1% de Marge de gagnée (ce n’est pas rien quand on sait que la marge moyenne de la grande distribution est évaluée à 2%), et une contribution notoire à la lutte contre le gaspillage.

 

Un double dividende comme on les aime, au pays du développement durable.
La question du gaspillage des produits alimentaires est lourde de conséquences. La FAO a observé le phénomène : un tiers de la production alimentaire est perdue. Une perte du fait des mauvaises conditions de conservation dans les pays du Sud, et du fait du gaspillage dans les régions du Nord. La Commission européenne a mené l’étude : ce sont 190 kg de produits alimentaires qui sont gaspillés par an par chaque européen moyen. Un chiffre qui s’étage de 580 kg aux Pays-Bas à 50 en Grèce, le France se situant mieux que la moyenne, à 150kg environ. Quand on s’interroge sur la capacité de la planète à nourrir 9 Milliards d’humains, ce que nous serons en 2050, il y a lieu  de chercher où des progrès sont réalisables. La lutte contre le gaspillage est possible immédiatement,  sans révolution, et en plus, elle rapporte !
Ça rapporte au commerçant, mais aussi au consommateur. Fin 2009, l’ADEME avait fait l’expérience. Si vous faites attention en remplissant votre caddy, vous pouvez économiser 50€ par mois. Vous choisirez notamment le bon conditionnement : des volumes adaptés à votre rythme de Consommation, des doseurs qui évitent de consommer plus que ce qui est nécessaire, etc.
Mais cet effort doit être accompagné. Pour le consommateur, des opérations pilotes sont en cours, pour voir comment promouvoir de nouveaux comportements d’achat. Un étiquetage plus efficace, mais aussi des actions sur les opérations promotionnelles. Celles-ci vous poussent à acheter en plus grande quantité. Pourquoi pas, pour les produits ménagers, mais le gaspillage guette pour les produits frais, rapidement périssables. Alors, vous achetez en une fois, avec un prix intéressant, mais vous pouvez retirer vous produits en plusieurs fois, et étaler leur consommation dans le Temps. Bref, il y a la possibilité de conjuguer vente promotionnelle et réduction du gaspillage. Une affaire à suivre.
Pour le commerçant, revenons à notre supermarché de la région nantaise. Ses responsables se sont d’abord inquiété des nombreuses marchandises jetées, qu’elles soient abimées ou qu’elles aient dépassé leur date limite de consommation. Il fallait comprendre comment se constitue ce stock de produits à jeter. D’où l’idée de « caddies pédagogiques ». Pédagogiques pour le personnel, qui y déposait toute la semaine les produits qui ne pouvaient plus être vendus, chaque type de produit dans son caddy. En fin de semaine, chacun pouvait se rendre compte des volumes concernés, et une réflexion sur les causes de cette perte et la manière d’y remédier pouvait être engagée. Cette sensibilisation du personnel est associée à une gestion rigoureuse des stocks, grâce à une information permanente sur les rotations des palettes.
Cette lutte contre le gaspillage doit être prolongée chez le consommateur. Sur les 150 kg de gaspillage de produits alimentaires, une part se fait en amont, dans la chaine de la production à la Vente, comme le célèbre abandon des pommes de trop petit calibre, ou les produits ayant dépassé leur date limite de consommation, évoqués ci-dessus. Mais une part non négligeable, de l’ordre de 20 kg, se fait chez le consommateur. Il y aurait même 7 kg qui seraient jetés sans même que leur emballage ait été ouvert. Le conditionnement en est une des causes, qui pousse à acheter en trop grande quantité, en pensant faire des économies. Mais il y a aussi une Responsabilité du consommateur, qu’il faut mobiliser pour son bien et celui de la planète.
Notre supermarché a voulu aller au bout de sa logique. Malgré tous ses efforts, il reste des produits alimentaires à jeter. Après le caddy pédagogique lancé en 2008, c’est le pavillon de compostage, inauguré fin 2012, qui prend le relai. Le personnel reprend les fameux caddies pédagogiques, trie les denrées, les décondionne,  et les intègre à des composts. Une bonne manière de réduire la perte, en valorisant une partie de ces déchets. Cette boucle est tout autant pédagogique que les caddies, et le succès de l’opération est largement le fruit de la mobilisation du personnel. Ajoutez le compost en pied d’immeuble pour les consommateurs, et vous prolongerez cet effet pédagogique : quand on valorise ses déchets, on en produit moins. Une règle à retenir pour de nombreux domaines en matière d’environnement, avec un exemple à méditer : plus on écoute, moins on fait de bruit.

Chronique mise en ligne le 23 février 2013

 

Mots-clés: quotidien, consommateur, budget, achat

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