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Pourquoi les valeurs et l'éthique paraissent-elles reléguées ou dépassées?

 

Qui aujourd'hui se soucie, considère ce qu'on appelle la "chose publique" que doit porter le politique? Où donc est passée la démocratie avec son jeu dialectique dont nous étions si fiers ? Pourquoi  les valeurs et l'éthique paraissent-elles ainsi reléguées ou dépassées?


Quatre attitudes portées par de nombreux responsables me paraissent significatives de cet état de faits  : 1) la transgression de la Loi, 2) le brouillage des valeurs, 3) la volonté de rester "entre nous" au sein de réseaux avec le manque de partage qui en découle, 4) le déni des compétences.
Des anecdotes ou réflexions personnelles qu'il conviendrait d'enrichir et de corriger me donnent l'occasion d'en témoigner.
1) La transgression de la Loi. On vient, il y a peu, d'inaugurer dans le bois de Boulogne la fondation Louis Vuitton, bâtiment construit par Franck Gehry à Paris. Cet événement m'a fait remonter à la mémoire la rencontre que j'ai eu avec cet architecte lors de la réunion de la Commission Supérieure des Sites, il y a plusieurs années. Commission supérieure nationale, qui, a autorisé la construction dans un site Classé. Franck Gehry s'était déplacé en personne à cette Commission à laquelle j'appartenais en tant que chargée d'Inspection Générale. Et je ne sais par quel mystère, il est venu s'adresser à moi, je lui ai d'emblée répondu : "vous êtes très connu, une institution à vous tout seul, on ne m'a pas chargée de ce dossier auquel j'aurai donné un avis défavorable. Je crois que vous n'aurez aucune difficulté". J'avais été, je dois l'avouer plutôt flattée par sa réponse placide et son attitude générale très aimable à mon égard et, par là, sans doute, je lui avais trouvé du talent. Après ma petite intervention intempestive, le rapporteur en titre, qui lui a donné un avis favorable, lui a tout de même dit avec une certaine hauteur : "ce bâtiment vous n'auriez pas pu le construire à Londres ou à New York à Central Park ou à Hyde Park, et vous venez à Paris pour le construire". Personne aujourd'hui dans ce l'on a pu lire dans les journaux n'évoque la commission Supérieure qui reste le lieu qui a donné l'autorisation permettant de transgresser la Loi de 1930 qui "interdit de changer le caractère dans un site classé, " à savoir dans ce cas, l'impossibilité absolue de construire dans un bois. Il n'est pas de bon ton, et chacun s'interdit, au risque de passer pour un ringard réactionnaire d'émettre un avis quelconque sur ce projet. Tous, partout, s'extasient sur la réalisation de la fondation Louis Vuitton dont la marque de fabrique répond (grâce aux ressources pécuniaires considérables mises à disposition) à une qualité certaine, il faut savoir que c'est l'une des plus chère au m2 de la capitale au moment même où, partout ailleurs, on ne donne plus de moyens et où, plus personne ne témoigne d'exigence en terme de qualité urbaine.
- 2) Deuxième anecdote le brouillage des valeurs. A l'occasion de la disparition de Christophe de Margerie, Jean-Pierre Jouyet, Secrétaire général de l'Elysée, le qualifiait à la radio dans un premier communiqué de "grand patriote" alors qu'à la même radio, les jours précédents sa mort, on venait de nous expliquer que Total, dont il était le président ne payait pas ses impôts en France. Dans le même ordre d'idées, le Président a assisté aux obsèques de ce grand capitaine de l'industrie estimé par le personnel (Cf. les images présentées à la télé autour de la Tour à la Défense) le faisant honorer par la nation toute entière. Là encore, on ressent un interdit de la simple évocation de ce sujet. D'autant que les responsables politiques ne se sont émus de la disparition du jeune écologiste sous les coups des gendarmes que deux jours après sa mort au moment où la colère commençait à monter sérieusement. Ce brouillage des valeurs m'est apparu s'inscrire dans ce à quoi j'avais assisté à l'occasion du 70 e anniversaire de la Libération de Paris avec l'Histoire qu'on peut réécrire à sa guise.
- 3) La volonté de rester "entre nous"au sein de réseaux avec le manque de partage qui en découle. Ici, pas d'anecdotes particulières, chacun fait tous les jours l'expérience de cette réalité. Elle concerne les grands corps d'état mais elle concerne aussi le cénacle des célébrités. Si vous n'appartenez pas à une famille, un réseau, un corps constitué, bientôt à une classe d'âge, après 50 ans (sauf si vous êtes célèbre) votre compte est bon. Pourtant nous avions tous cru que la République offrait des séries des mailles, dans lesquelles "l'animal (vous ou moi) avait sa chance", s'il était persévérant, courageux et tenace. Pour ce troisième point, il faudrait, je le mesure, mieux développer parce qu'on sent monter  cette nécessité du partage ne serait-ce que les idées.
- 4) Le déni des compétences. Là encore, chacun en fait quotidiennement l'expérience. De nombreux responsables considèrent que le statut ou le titre suffit et que la compétence de ceux qui les entourent leur procure de l'ombre au lieu de les conforter. Par là, les talents ne sont pas suffisamment pris en compte et on aboutit à des situations comme celle que l'on vu dernièrement avec le nouveau ministre de la Culture dont la presse rapporte à l'occasion de la remise du prix Nobel de littérature, je cite :"Fleur Pellerin incapable de citer un roman de Patrick Modiano". Il ne s'agit pas seulement d'elle mais aussi des conseillers qui l'entourent, avec le système mis en place qui ne favorise, ni l'information, ni surtout la prise de bonnes décisions".

 Anne Fortier-Kriegel

 

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