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Restauration de la nature (suite et fin)

Dernier épisode d’un feuilleton qui finit bien (1). Un petit plaisir face à la campagne anti environnementale menée par les formations de d’extrême droite du Parlement européen, suivies par celles de droite, qui se sont employées à détricoter le pacte vert européen au cours des derniers mois. Après avoir allégé considérablement le projet de règlement sur la restauration de la nature, un texte phare du pacte, elles allaient l’enterrer définitivement, mais un vote a suffi pour lui donner force de loi. C’était le 17 juin 2024, après un débat lancé le 22 juin 2022, l’adoption du projet amendé au Parlement Européen le 12 juillet 2023 et l’accord de la commission du 9 novembre 2023.

C’est la ministre autrichienne de l’environnement, Léonore Gewessler, qui a voté pour, au lieu de l’abstention de son pays, contre la volonté de son chancelier. « Ma conscience me dit sans équivoque que lorsque le bonheur des générations futures est en jeu, des décisions courageuses sont nécessaires ».

En la matière, la restauration de la nature souffre de plusieurs défauts. Elle représente un excellent investissement, des bénéfices au moins 8 fois supérieurs à la mise de fonds, mais ces bénéfices sont diffus, en partie collectifs, comme le climat, la maitrise du régime des eaux et leur qualité, le paysage, la résilience des forêts. La dépense doit être décidée, contrairement au rien faire, qui coute beaucoup plus cher. Par exemple, 70% des sols dans l'Union Européenne sont dégradés, entrainant une perte évaluée à 50 milliards € par an.

La restauration de la nature marque aussi un coup d’arrêt à sa dégradation. Une bonne nouvelle pour tout le monde, sauf pour ceux dont les activités contribuaient à cette dégradation. Les résistances qui se sont manifestées tout au long du processus d’élaboration et d’adoption du règlement en témoignent, malgré l’appui d’un groupe de grandes sociétés , qui ne sont pourtant pas connues pour leur amour de la nature.

Concrètement, le texte demande aux Etats membres de prendre des mesures en fonction d’un calendrier, 2030, 2040 et 2050. Première étape : mesures de rétablissement des écosystèmes sur 20 % des terres et espaces marins à l’échelle de l’Union, et de restauration de 30 % des habitats (zones humides, forêts…) en mauvais état. D’autres dispositions visent à améliorer les critères mesurant la santé des forêts, à retirer des barrages sur les cours d’eau, à stopper le déclin des abeilles. Il reste à présent à passer aux actes, et à convaincre tous les usagers de la nature, agriculteurs en premier, de l’intérêt de ces mesures.

C’est que la mise en œuvre est parfois difficile, comme le montre une autre affaire d’environnement dans l’actualité d’aujourd’hui. Le polystyrène. Une matière plastique que vous retrouverez sur vos plages de vacances, mais aussi dans l’estomac de nombreux animaux marins. La loi du 10 février 2020 relative à la lutte contre le gaspillage et à l'économie circulaire devait l’interdire au 1er janvier 2025, sauf à ce que la filière crée un dispositif de recyclage d’ici là. Dès 2021, il est apparu que les problèmes techniques de ce recyclage étaient insurmontables, ce qui n’a pas empêché de consacrer des centaines de millions d’euros, issus notamment de France Relance, à la recherche d’une solution. Une bonne manière de demander, devant le constat d’impossibilité, le report à 2030 de l’interdiction qui devait entrer en vigueur en 2025. Beaucoup d’argent public dépensé dans le but de gagner 5 ans, ça fait désordre. Une bonne illustration au fait que l’adoption de lois est une première étape, une autre est sa mise en application.

Espérons que la restauration de la nature ne souffrira pas de telles manœuvres.

1 - Voir les épisodes précédents dans les éditos « La restauration de la nature : une aubaine » et « Restauration de la nature : Encore un effort »

Edito du 19 juin 2024

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