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Ça coute cher d’être pauvre

C’est depuis les chocs pétroliers des années 1970 que nos budgets nationaux sont en déficit. Un déficit dont le montant était du même ordre de grandeur que la valeur de nos importations de pétrole, sans qu’il y ait de relation directe, mais le rapprochement est intéressant. Nous maintenions l’équilibre tant que nous maitrisions le prix du pétrole, nous l’avons perdu dès que les pays producteurs en ont pris le contrôle. La fin de l’époque coloniale ou assimilée.

Comment rétablir l’équilibre aujourd’hui ? Aucun gouvernement n’y est parvenu, et plusieurs raisons peuvent être évoquées. Un peu la résistance de corporations qui ont protégé leurs privilèges, mais aussi une approche à courte vue des financiers. La fameuse règle d’or érige en dogme l’équilibre des comptes, mais uniquement sur ce qui se compte, année après année. Une bonne partie des dépenses sont la conséquence de choix pris précédemment. Prenez l’exemple d’un bâtiment. Il y a le coût de sa construction, foncier compris, mais il y a ensuite celui de sa maintenance, de son fonctionnement. Un bâtiment réalisé à l’économie, sur une « opportunité foncière » inappropriée à son usage, peut coûter très cher, et cela pendant des dizaines d’années. Les budgets de demain sont en partie déterminés par les décisions d’hier. Vous pouvez être tenté, pour satisfaire la règle d’or, de retarder tels ou tels travaux d’entretien. Malheureux, surtout pas ! Entre la maintenance en continu d’un immeuble et la reprise en travaux lourds tous les 20 ans, le calcul a été fait. La première solution coûte deux fois moins cher que la seconde. Tout retard se paie cash.

C’est comme pour la santé. Faire des économies entraîne souvent un retard dans le dépistage des maladies, qui se paie ensuite dans les soins qui devront être prodigués. La prévention présente un gros défaut. La dépense évitée n’est pas spontanément visible, elle doit être calculée, elle est statistique. Son coût entre dans les comptes, mais les coûts évités sont hypothétiques, et décalés à plus tard. Du bon pain pour tous ceux qui cherchent à faire des économies immédiates, mais qui plombent les budgets des années à venir. Nous avons vu, récemment, les conséquences du défaut de masques, dont les stocks, qui coutent un peu d’argent, ont été abandonnés. Nous avons aussi observé que la recherche sur les coronavirus engagée en réaction à la première alerte du SARS 1, s’est vue privée de moyens dès que la menace s’est éloignée. Le prix payé pour la COVID aurait-il pu être réduit avec des stocks de masques utilisables et une recherche plus avancée ?

D’une manière générale, les valeurs qui n’ont pas de prix prennent leur revanche quand elles sont négligées. La santé a un coût, elle a aussi une valeur mais une valeur diffuse, non marchande bien qu’elle entraîne des conséquences sur l’économie. Mais quand seule la dépense est examinée, le risque est grand de la voir rabotée.

L’environnement est de même nature. Les services gratuits apportés par la nature sont nombreux, mais n’entrent pas dans les comptes alors qu’ils sont évalués à plusieurs fois les PIB d’un pays. De la valeur créée hors budget, à préserver, mais souvent menacée par le besoin d’en tirer profit immédiatement. La poule aux œufs d’or. Pour produire plus immédiatement, ou pour accueillir plus de public, la nature est surexploitée et perd sa valeur. Plus de revenus marchands aujourd’hui, mais baisse de capital et de productivité pour demain, avec un besoin de financement public pour compenser. Etonnez-vous ensuite qu’il soit de plus en plus dur de retrouver un équilibre budgétaire. Combien coutera la disparition des espaces dits de jachère, qui constituent l’armature écologique de nos terroirs ?

Le budget est annuel, mais la vie réelle s’inscrit dans le temps long. Un décalage fatal s’il n’est pas intégré dans la manière d’évaluer sa performance. A défaut, la dette ne fera que s’alourdir, et coutera de plus en plus cher. Ça coute cher d’être pauvre

Edito du 27 mars 2024

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