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L’habitant est de retour !

Réjouissons-nous, l’habitant est de retour dans son habitat. Les nouvelles orientations des travaux post RE 2020, la réglementation environnementale de 2020 pour les constructions nouvelles, adoptent « une approche plus large sur des sujets environnementaux », sous le nom de CAP 2030.

Il était temps. La préoccupation du carbone, légitime évidemment, avait fait oublier que les logements et les locaux d’activité étaient destinés à accueillir des êtres humains. Pour le dire simplement, on ne construit pas un logement pour faire des économies d’énergie et capter du carbone, mais pour offrir à ses habitants un cadre de vie agréable et sain. Un objectif passé au second plan si l’on en croit la terminologie des labels et réglementations, comme E+C-, faisant exclusivement référence à l’énergie et au carbone, en oubliant la qualité du service rendu, raison d’être du bâtiment. Dans la pratique, ce label n’oubliait pas d’autres paramètres, comme l’acoustique et la qualité de l’air intérieur, mais les reléguait loin derrière l’exigence climatique. L’absence de référence à la qualité du point de vue de l’occupant était un signe préoccupant et contre-productif. L’énergie et le carbone sont évidemment des aspects incontournables, mais très techniques, difficiles à appréhender, peu mobilisateurs pour les futurs utilisateurs, plus soucieux de leur confort et de leur santé que de contrôler la quantité de carbone émise dans l’atmosphère du fait de leur logement. Le secteur de la construction et du bâtiment, responsable de la consommation de près de la moitié de l’énergie en France, et du quart des émissions de gaz à effet de serre, devenait la figure de proue des programmes climatiques, mais apparemment sans considération réelle pour les occupants. Ne nous étonnons pas ensuite du peu d’empressement des intéressés pour la rénovation de leurs locaux. Les programmes ambitieux souvent proclamés sont loin d’être exécutés. Le discours porte sur les aides pour réduire un effort, mais guère sur les avantages personnels que chacun peut y gagner immédiatement. Il y a mieux pour motiver.

L’environnement intérieur, celui où les futurs habitants vivront, retrouve aujourd’hui une bonne place parmi les préoccupations affichées. Rappelons que le concept de haute qualité environnementale (HQE), né dans les années 1990, avait adopté cette vision large de l’environnement, à nouveau évoquée aujourd’hui. Un progrès significatif, par rapport aux approches précédentes, focalisées sur tel ou tel aspect particulier : l’énergie, bien sûr, avec l’approche bioclimatique, mais aussi les matériaux comme le bois ou la terre crue. La première réglementation thermique des bâtiments était née en réaction aux chocs pétroliers des années 1970. Prise isolément, l’exigence énergétique avait conduit notamment à réduire la taille des fenêtres et les capacités de renouvellement d’air. Résultat : moins de lumière naturelle, humidité et moisissures avec les conséquences sur la santé. Ajoutons que l’isolation thermique n’est pas par nature acoustique, et les grands programmes d’isolation thermiques de cette époque n’ont pas intégré le bruit, même quand le sujet s’imposait, pour des immeubles tout proches d’autoroutes par exemple. Une occasion ratée de faire d’une pierre deux coups, en adoptant des techniques thermo-acoustiques au lieu de techniques exclusivement thermiques. Et l’isolation purement thermique peut parfois détériorer les qualités acoustiques d’un bâtiment. Les différentes caractéristiques d’une construction sont très liées entre elles, et les traiter séparément peut conduire à des désillusions sévères.

Comme ses sœurs britanniques et américaines, BREEAM et LEED, la HQE innovait en proposant une approche transversale, multicritères. L’environnement de proximité, celui des habitants, santé et confort, était pris en charge au même titre que celui plus général des ressources, du régime des eaux, et des pollutions. Evitons ainsi que l’amélioration sur un point particulier produise des dégradations sur un autre, et profitons des travaux pour intégrer toutes les dimensions de l’environnement dans le contexte de chaque projet.

La montée en puissance des thèmes de l’énergie et de l’effet de serre a provoqué l’affaiblissement des approches transversales, et le retour aux approches ciblées. Bien sûr, il fallait approfondir ces thèmes, et renforcer les exigences, mais pas au détriment des usagers. Saluons le retour de cette préoccupation, qui répond à des enjeux de santé publique et de bien-être. Des enjeux susceptibles de motiver les acteurs, et d’orienter la demande sociale. Il est possible aujourd’hui à la fois de répondre à des urgences planétaires, et d’offrir le plaisir de vivre dans un environnement sain et agréable. Un double dividende à cultiver sans modération. Souhaitons plein succès à CAP 2030 !

Edito du 26 juillet 2023

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