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Les vieux, un trésor pour la société

Contre-salon des vieilles et des vieux, proposition de loi, les vieux sont de retour. La vieillesse s’impose comme sujet de politique publique. De fait, elle était déjà présente dans les débats sur la retraite, mais comme un paramètre à intégrer plutôt que comme un sujet à part entière. La question est souvent réduite à la situation des vieux, à leurs revenus, à leurs logements, à leur santé, à leur solitude, mais en oubliant leur place dans la vie sociale, dont dépendent en fait tous ces aspects de leur vie. Même l’étude d’impact de la loi sur l’âge de la retraite s’était limitée à son volet financier, objet de la loi elle-même, ignorant l’ensemble des dimensions sociales et économiques de la mesure, qui aurait dû être le cœur de cette étude d’impact.

La vieillesse affecte toute la société. Considérée comme une charge, la retraite devient une sorte de devoir moral, relevant de la solidarité, voire du respect dû aux anciens. Inquiétude si la charge devient trop lourde. Quel pourcentage du PIB pourra-t-on consacrer aux vieux, pourra-t-on distraire de l’économie productive, pourrait-on entendre en tendant bien l’oreille. Une forme de mépris, en définitive, à peine caché derrière la perception purement passive des vieux, qui ne seraient que des bénéficiaires des largesses des actifs sans apporter leur contribution.

La vie réelle est bien différente. Les vieux apportent beaucoup à la société, et ils pourraient apporter encore plus s’ils étaient considérés comme une ressource. Ils apportent comme consommateurs. Même modestes, les pensions sont des revenus réguliers, prévisibles, qui permettent d’engager des dépenses. Cette sécurité leur permet d’acheter des biens à crédit, notamment des voitures neuves, puisque la moitié d’entre elles sont achetées par des retraités. Ces revenus réguliers permettent aussi aux vieux de soutenir des plus jeunes, notamment leurs petits-enfants, étudiants ou jeunes actifs au statuts précaires. Bien répartis sur le territoire, notamment dans des secteurs ruraux, ils diffusent en partie l’argent des retraites sur des régions déshéritées qui en ont bien besoin. L’économie résidentielle leur doit beaucoup, et leur simple présence permet la survie d’artisans et de commerces, voire de services publics. Voilà donc nos retraités agents d’aménagement du territoire, de soutien aux jeunes, et de soutien à la consommation.

Il n’y a pas que leur argent. Ils ne sont pas inactifs, et apportent « en industrie » à la société. Que seraient les restos du cœur et d’innombrables initiatives caritatives sans les retraités ? C’est évidemment une économie pour les pouvoirs publics, auxquels ils se substituent bien heureusement, en réduisant la facture sociale qu’il faut bien assurer. Ils sont aussi élus, conseillers municipaux ou maires (40% des maires sont des retraités), à peine rémunérés, qui mettent leurs compétences et leur expérience au service de la collectivité, notamment dans les communes rurales où ils prennent en charge de nombreuses tâches.

Sans prolonger la liste des apports des vieux à la société, notamment dans des associations et parfois en prolongeant leur vie professionnelle, reconnaissons que cet apport est conséquent, comparable en volume à la production marchande et à l’économie domestique, et que l’absence de considération du volet productif des vieux est une anomalie qui nous empêche d’en tirer le meilleur parti, pour la société et pour eux-mêmes.

D’une manière plus générale, les vieux d’aujourd’hui sont encore jeunes. La retraite était courte, jadis, elle est devenue une nouvelle phase de la vie, une phase à part entière et non comme un supplément marginal. Ce sont souvent 10 à 15 années de vie, parfois moins mais souvent plus, qui s’ajoute à la période active officielle. Le 3e âge est devenu le 4e, laissant la place à une nouvelle tranche de vie, à considérer comme telle. Une tranche de vie qui peut être productive si les vieux y parviennent en bon état, et qui réduira la durée du 4e âge si elle leur offre une activité adaptée. Car le maintien d’un niveau d’activité physique, d’une vie sociale, de contacts multiples retarde l’apparition des signes de la dépendance.

Considérons les vieux comme une ressource. Une ressource qui a ses exigences, ses spécificités. Les acteurs économiques ordinaires, les partenaires sociaux, sont embarrassés, enfermés dans leurs logiques d’entreprises traditionnelles, leur bilan financier, leur capacité d’emploi.

L’effort se porte aujourd’hui sur les conditions de vie des plus vieux, dans les EPHAD notamment, sur les difficultés que leur état physique leur crée dans de nombreux actes de la vie quotidienne. En amont de cette période, qualifiée de 4e âge, il y a aussi des efforts à faire. Des vieux en bonne forme, actifs dans des réseaux, rendant de nombreux services autour d’eux, constituent un trésor pour nos sociétés vieillissantes. Un trésor à reconnaître et à valoriser.

Edito du 29 novembre 2023

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