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L’alimentation, levier du changement

Les récentes élections et celles qui se profilent pour 2024 en France et dans le monde sont marquées par un phénomène inquiétant, la montée du négationnisme climatique. Les alertes des scientifiques, qui devraient pousser à l’action, sont rejetées comme étant exagérées, inutiles, liberticides, ou irréalistes. Dans le même esprit, nous avons entendu, en France, le patron d’un grand groupe pétrolier se réclamer du réalisme pour justifier de lourds investissements pour exploiter de nouveaux gisements et continuer son activité. Les applaudissements suscités par cette déclaration montrent que le réalisme s’arrête là où le changement dérange, et ignore sans vergogne des risques pourtant bien connus et documentés.

Le levier de la raison et du réalisme, le vrai cette fois, porté par la communauté scientifique, ne fonctionne guère. Il est fondé sur le danger qu’il y a à ne rien changer, à continuer comme avant. A juste raison, mais il est irrecevable par une partie importante de la société, qui rechigne à sortir de sa zone de confort, même si elle et menacée. D’autres leviers doivent être recherchés du côté des avantages que procurerait le changement, des plaisirs qu’il nous apporterait. Un discours attractif, séduisant, et audible par le plus grand nombre. L’alimentation entre dans ce registre. Le « double dividende », bon pour nous-mêmes, ici et maintenant, et bon pour la planète ne heurtera que ceux qui pensent qu’il faut payer pour nos fautes passées, et que la rédemption passe par le sacrifice. Une approche morale qui satisfait sans doute ses adeptes, mais n’apporte pas de solution en soi, ce dont nous avons besoin.

L’alimentation, donc, comme levier du changement, parmi d’autres qu’il faudra trouver et activer. Un tiers de notre empreinte écologique, des valeurs plaisir, vie sociale et santé, de nombreux professionnels et un lien direct entre les humains et leur environnement naturel, ça donne l’importance de ce levier. Peut-on bien manger, souvent en bonne compagnie, peut-on nourrir le monde, et valoriser en même temps le patrimoine naturel, enrichir la biodiversité, capter le gaz carbonique, régulariser le régime des eaux, et jouir des paysages et des aménités multiples que nous offre la nature ? Nous savons que c’est possible, à condition d’accepter de changer de modèles à la fois de production et de consommation. Un effort, certes, mais des récompenses bien visibles en termes de qualité de vie, de bien-être, et des récompenses accessibles rapidement. C’est quand même plus enthousiasmant que de se priver juste pour éviter l’effondrement.

En 2009, le gouvernement danois a demandé à des grands chefs de cuisine de proposer des recettes le moins énergivores possibles. La surprise est venue d’un constat inattendu : les cuisiniers avaient mis en évidence de nouvelles saveurs. Le changement n’est pas une pénitence, mais la découverte de nouveaux plaisirs Il est vrai que pour beaucoup la crainte de l’inconnu est un obstacle, et que le développement durable est une exploration vers des futurs inédits avec sa part d’inconnu. Il faut donner confiance en l’avenir pour en donner envie. Une manière de faire passe par la case financière. Cette nouvelle alimentation coutera-t-elle plus cher ? Encore une affaire de riches, comme le bio ?

Chaque type d’aliment pourrait en effet couter plus cher, mais la facture globale restera identique, voire en baisse. C’est un effet de la composition des menus. Moins de produits animaux, plus de végétaux qui coutent bien moins cher. Moins de viande, mais de meilleure qualité, plus de légumes, notamment de légumineuses, lentilles, haricots, pois, et autres, qui se conservent bien, et qui peuvent fournir la base de plats gastronomiques, ou de plats ordinaires mais gouteux et équilibrés. C’est une nouvelle culture culinaire, que les nombreuses émissions de télévision sur la cuisine, et les livres de recettes, pourront accompagner. Des recettes nouvelles, et aussi la reprise de recettes dites de grand-mère et qui sont tombées dans l’oubli. La restauration collective, notamment dans les écoles, sera sollicitée et permettra de populariser ces nouveaux plats. Il faudra pour cela des campagnes de promotion qui donnent envie d’essayer, en faisant vibrer des cordes valorisantes, comme Parmentier a su le faire en son temps pour la pomme de terre.

Il y aura des réticences, car la production alimentaire devra évoluer pour satisfaire une nouvelle demande. Le renouvellement d’une bonne partie des agriculteurs pour cause démographique est l’occasion d’opérer ces transformations, incontournables par ailleurs compte-tenu du bilan carbone actuel de l’agriculture : 20% des émissions de gaz à effet de serre pour 2% du PIB. C’est toute une politique, avec ses différents aspects touchant tous les acteurs de l’alimentation, de la fourche à la fourchette comme on dit aujourd’hui.

L’alimentation levier du développement durable, voilà une ligne directrice à proposer en France, pays de la gastronomie, et au monde entier, pour lutter contre la malnutrition et les famines qui perdurent encore.

Edito du 6 décembre 2023

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