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La nouvelle ingénierie

Tant que nos besoins fondamentaux, le gîte et le couvert, plus la santé au sens de l’OMS, n’étaient pas satisfaits, l’ingénierie s’est focalisée sur la production. Il fallait trouver de nouvelles ressources et les transformer, les conserver, les transporter, pour les mettre à disposition des consommateurs. Mot d’ordre : toujours plus.
Dans nos pays considérés comme développés, le contexte a changé. Et toute la planète est concernée. Fini le « plus » sans limite, il s’agit de consommer mieux. Objectif : satisfaire nos besoins, toujours, mais en préservant les ressources. Un changement d’approche qui met l’accent sur ces fameux besoins, jusqu’à présent pris sans considération comme les moteurs de la croissance. Les besoins assujettis à la production. Constater qu’un besoin n’a plus de justification était considéré comme une atteinte au droit de produire, une cause de chômage. Les besoins artificiels sont devenus indispensables au bon fonctionnement de l’économie. La crise de 1930 en a été le révélateur, avec la célèbre entente des fabricants d’ampoules qui les ont programmées pour réduire leur durée de vie. L’obsolescence programmée était reconnue par les économistes, elle devenait légitime.

Les limites de la planète, le besoin, aussi, de nourrir toute la population mondiale et de lui assurer un minimum de services, a changé la donne. Il faut revenir au besoin, y compris les envies qui donnent du plaisir et de la joie de vivre, pour les satisfaire sans dégrader le potentiel de ressources dont l’humanité dispose. L’ingénierie toujours, mais au service de la consommation. La performance n’est plus de produire plus, mais de satisfaire un besoin au moindre prélèvement de ressource, et par suite au moindre rejet de résidus dans l’environnement. C’est le principe, par exemple des certificats d’économie d’énergie. Eclairer et chauffer en consommant le moins d’énergie possible, voilà le chalenge d’aujourd’hui, alors qu’hier, c’était produire le plus possible d’énergie, et le moins cher possible. Une fois vendue, son usage n’intéressait plus les producteurs, qui se réjouissaient même du gaspillage. Rappelez-vous les grandes heures d’EDF quand étaient organisés des concours des villes les plus consommatrices d’électricité, une marque de progrès à l’évidence, et même de prestige.

Il faut introduire de l’ingénierie dans la consommation. L’écart est important entre l’électricité que vous achetez, faussement appelée énergie finale, et celle qui vous est réellement utile. C’est le rendement des matériels que vous utilisez, pour vous chauffer, faire tourner vos équipements, vous éclairer, et surfer sur Internet. C’est là qu’il y a des vrais progrès à faire, le bon usage de l’énergie. L’ingénierie au service de l’usager, et non plus au service du producteur.
Les certificats d’économie d’énergie sont nés de cet objectif. En intéressant financièrement le producteur au bon usage de son produit par ses clients, le projecteur s’est déplacé. Bien sûr, cela n’empêche pas la performance dans la production, mais s’y ajoute celle dans la consommation.

Mettre en place une économie de la non-consommation, et par suite de la non-vente, donc pas de circulation de monnaie, est plus délicat que celle de la consommation, où la sanction se traduit en termes financiers. C’est un système administré, sur la base d’une situation de départ, et d’une projection sur les gains envisageables compte-tenu des technologies disponibles ou émergentes.

La logique de cette économie à rebours trouve son application chaque fois qu’une tension se manifeste sur une ressource. Le cas de l’eau douce est significatif à cet égard. Comment satisfaire les besoins en eau en réduisant les prélèvements d’eau dans la nature ? Il y a bien sûr la lutte contre les fuites, avec la modernisation des réseaux, il y a le renouvellement des matériels, comme le lave-vaisselle, ou l’adjonction de petits équipements comme des mousseurs, il y a la promotion de comportements économes, comme la douche plutôt que le bain. Meilleure gestion de la ressource chez le producteur, chez le consommateur grâce à des produits plus vertueux et des actions sur les comportements. Ingénierie chez le producteur, une autre chez le consommateur, et des campagnes de sensibilisation, d’accompagnement de nouvelles pratiques, nous retrouvons les mêmes ingrédients que pour l’énergie. Pour prendre l’exemple d’une grande ville, Lille, son fournisseur d’eau, Véolia, s’est engagé sur un « contrat de performance hydrique » pour obtenir 10 % de réduction des consommations d’eau avec ces différentes composantes.
L’ingénierie, c’est du savoir-faire, de l’ingéniosité, le goût de l’innovation et l’envie de sortir des sentiers battus. Du génie humain, décarboné par nature, immatériel, et sans limites physiques comme en connaissent les biens matériels. Une ingénierie tous azimuts, sur tout le cycle de vie, car il faudrait y ajouter celle nécessaire pour recycler et valoriser les produits en fin de vie. Une ingénierie pour substituer du talent humain à des ressources naturelles dont la disponibilité se rapproche des limites de la planète, et les a même dépassées dans certains cas. Une ingénierie dont il faut faire bon usage, notamment au profit des consommateurs. Quel gâchis de la retrouver mobilisée pour rechercher et exploiter de nouvelles ressources, dans des conditions extrêmes et dangereuses, au lieu de se concentrer sur la meilleure manière de valoriser les ressources disponibles !

Edito du 2 août 2023

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