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Une affaire de crédibilité

La note d’analyse n°114 publiée par France Stratégie le 8 novembre dernier (1), déjà évoquée dans l’édito de la semaine dernière, nous éclaire sur la perception des économistes sur le développement durable. Ce qui coute est bien mis en évidence, ce qui évite des coûts est superbement ignoré. Il est vrai que ce sont des avantages virtuels, qui restent à consolider, mais leur niveau est tel qu’il est possible d’affirmer que des retombées positives seront au rendez-vous.
La note d’analyse nous présente un choix douloureux, incontournable aux yeux des auteurs, sur le chemin de la transition. « Investir en capital matériel plutôt qu’en recherche et développement est nécessaire si l’on veut atteindre les objectifs fixés pour 2030, mais oblige à avoir recours aux technologies d’aujourd’hui, moins productives que celles qui devraient résulter d’un effort plus important en soutien de l’innovation verte. À l’inverse, privilégier l’investissement en R & D conduira nécessairement à mettre au rebut d’ici 2050 des équipements non encore amortis, et donc à subir une perte en capital. L’arbitrage entre ces exigences est au cœur de la définition d’une stratégie efficace ». Aller vite au préjudice de l’innovation, ou investir en R&D, et prendre du retard dans la transformation. Deux attitudes opposées, entre lesquelles il faut choisir.
Est-ce bien une fatalité ? N’est-ce pas oublier d’intégrer l’effet de la dynamique de la transformation, et les effets réciproques de l’opérationnel et de la recherche ? Obliger de penser autrement tout de suite conduit à revisiter les processus de production et de distribution, démarche qui conduit le plus souvent à des innovations immédiates et rentables. Dans le secteur du bâtiment, les démarches environnementales ont eu pour effet de réduire les couts complets et souvent même, les investissements initiaux. La première étape est en effet de mieux appréhender le besoin la nature du service à rendre, et cette exigence conduit dans les faits à des économies significatives. Réduire la surface à construire notamment, la proportionner exactement à une demande strictement évaluée. Un gain à la construction, et un gain tout au long de la vie du bâtiment, moins de consommations, moins d’entretien. La mise en pratique des fruits de la recherche permet de voir en continu les lacunes à combler, les orientations complémentaires à explorer. L’action guide la recherche, et celle-ci en retour permet à l’opérationnel d’améliorer ses performances. Faut-il encore pour cela que les différents acteurs concernés croient aux bénéfices de la transformation en cours. Rien ne serait plus fâcheux qu’ils avancent sous la contrainte, même à reculons pour certains. Une démarche perdant-perdant, des lourdeurs dans l’opérationnel sans retour pour l’innovation. A l’inverse, la confiance partagée dans les orientations retenues produit une dynamique, une forme de « société apprenante » pour reprendre une expression chère à Joseph Stiglitz.
C’est en définitive la crédibilité de la démarche qui est la clé du succès. Les auteurs l’ont bien noté : « Comme le montre la comparaison des scénarios de l’Agence internationale de l’énergie, la crédibilité des objectifs climatiques demeure très partielle. La conséquence d’une crédibilité imparfaite se mesure dans les investissements ». C’est là le nœud du problème. La crédibilité, notamment portée par les Etats, sur leur territoire et au niveau international. Les COP, souvent critiquées, contribuent largement à cette dynamique. « La part des brevets « climat » s’est nettement accrue dans les années 2000, elle a baissé après l’échec de la conférence de Copenhague fin 2009 et réaugmenté après l’accord de Paris en 2015 ». La réorientation des investissements comportant une part de risque, les politiques des Etats jouent un rôle majeur dans l’élaboration de la crédibilité des transformations au titre du climat, et plus globalement de l’environnement. A l’inverse, la poursuite d’investissements dans les énergies fossiles, et la hausse des subventions à leur bénéfice (700 milliards de dollars en 2021, en forte progression par rapport à 2020) crée un doute sur la pertinence des efforts nécessités par le changement. Ne nous étonnons pas ensuite que « La crédibilité de notre politique climatique est faible ».
La première recommandation des auteurs de la note consiste à « construire un consensus sur la stratégie », « une stratégie explicite, économiquement rationnelle et crédible, collectivement partagée, et appuyée par un emploi judicieux des fonds publics ». Nous ne pouvons que l’approuver. Notre organisation politique, fondée sur la mise en vedette du conflit, le permettra-t-elle ?


1 - Jean Pisani-Ferry et Selma Mahfouz, L’action climatique : un enjeu macroéconomique

Edito du 23 novembre 2022

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