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Transition et coûts évités


« S’il doit y avoir accélération des e¬fforts, ce n’est pas seulement parce que les conséquences de l’inaction se révèlent plus dommageables qu’on ne le pensait. C’est aussi parce qu’il est raisonnable de penser que l’objectif est à notre portée. » Telle est une des conclusions d’une note d’analyse de France Stratégie publié le 9 novembre dernier (1). Ce n’est pas une contribution à la COP 27, mais le message est clair : Il n’y a pas à hésiter, c’est le moment de donner un coup de collier.


Ce sera une épreuve, et les auteurs insistent sur le prix à payer, qui sera lourd. 10 années de transition qui demandent un investissement considérable pour sortir des énergies fossiles, et mettre en place une capacité de production d’électricité très exigeante en capitaux. Ce ne sera pas une promenade de santé. Nous voilà donc prévenu : c’est possible, bonne nouvelle, ça coutera cher, moins bonne nouvelle.
Si le coût de ne rien faire est évoqué en conclusion, il n’est guère présent dans la note d’analyse. Dommage, car c’est le principal argument pour s’engager dans la transition. Le business as usual nous est interdit. Pour des raisons morales, bien sûr, et aussi pour des raisons d’ordre économique. Comparer le prix du kWh issu de centrales au charbon et celui des éoliennes n’a de sens que pour montrer l’importance de l’effort à consentir. Notons toutefois que le prix retenu pour le premier intégrant le prix du carbone est supérieur à tous les autres. L’investissement est rentable, ce n’est pas qu’une bonne action motivée par un civisme désintéressé.
La transition produira chemin faisant une série d’économies, ignorées des auteurs, sans doute parce qu’elles ne sont pas évaluables avec précision. De nombreuses études attestent malgré tout d’avantages immédiats, qui seraient à déduire du coût annoncé de la transition. Par exemple, les salariés cyclistes présentent 15% d'arrêts maladie de moins que les salariés non cyclistes. La pratique du vélo est un exercice physique recommandé pour la santé, et par suite pour l’économie. Aux Pays-Bas, l’économie qui en résulte a été évaluée en 2015 à 19 milliards d’euros par an, ce qui représente plus de 3 % du produit intérieur brut néerlandais (2). Dans un autre domaine, le coût de la précarité énergétique a été comparé au Royaume Uni à celui de la rénovation thermique. Résultat, la lutte contre la précarité est un investissement hautement rentable pour la collectivité. La transition permettra d’éviter des coûts considérables. Rappelons le coût social de plusieurs domaines touchés par la transition : 100 milliards € pour la pollution de l’air, 147 pour le bruit, 20 pour l’obésité, 50 pour les accidents de la route, etc. Au total plusieurs points de PIB en France, à comparer au besoin d’investissement pour la transition annoncé dans la note d’analyse, de l’ordre de 2,5 points de PIB en 2030, soit 70 milliards aux prix de 2021. D’une manière générale, les couts qui seront évités, dont le bénéfice apparaitra progressivement, n’entrent pas dans les calculs, alors qu’ils se comptent eux aussi en points de PIB.
Certains de ces couts sociaux ne sont pas monétarisés. Ils sont parfois traduits en argent pour des indemnisations des assurances, mais ne font pas l’objet d’échanges commerciaux, ils n’entrent pas dans la PIB, grave défaut aux yeux des comptables de la nation, qui ont une tendance à les négliger. Un tiers environ de ces sommes correspondent à des dépenses effectives comptées en euros sonnants et trébuchants. Dépenses de santé, pertes de productivité au travail, dépréciation de biens, etc. payés par l’Etat sous diverses formes, par les entreprises et les citoyens consommateurs. La partie purement monétaire des coûts évités semble bien être du même ordre de grandeur que le besoin d’investissement.
Les avantages provoqués par la transition ne seront engrangés que petit à petit, et pas en totalité, ils ne sont pas tous liés à la transition, ils constituent aujourd’hui des promesses qui restent à concrétiser. Mais leur montant cumulé mérite une attention particulière et leur absence dans les réflexions stratégiques est clairement une lacune. L’univers des économistes n’est pas celui de la vie réelle, ce n’en est qu’une représentation. Il importe que celle-ci en soit la plus proche possible, quitte à intégrer des variantes pour tenir compte des incertitudes. Une croissance du bien-être par réduction des charges de la vie courante entre mal dans le cadre de la science économique, encore une lacune à combler.
1 - https://www.strategie.gouv.fr/publications/laction-climatique-un-enjeu-macroeconomique
2 - Dutch Cycling: Quantifying the Health and Related Economic Benefits, Elliot Fishman, PhD, Paul Schepers, PhD, and Carlijn Barbara Maria Kamphuis, PhD, université d’Utrecht, aout 2015

Edito du 16 novembre 2022

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