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Qui sème le vent…

L'installation de grandes « bassines » dans les Deux-Sèvres provoque de vives réactions des défenseurs de l'environnement, parfois jugées excessives. Elles le sont sans doute, mais ne sont-elles pas le résultat d'une exaspération et d’une frustration accumulées au fil des années ?
La question des bassines présente bien des aspects, notamment celui de la gestion de l'eau douce dans notre pays. Un autre aspect, qui relève plus de la gouvernance que de politiques techniques, touche la perte de confiance entre partenaires, et entre lesdits partenaires et l'Etat. Le deal des bassines concerne à la fois gestion de l'eau et l'évolution des pratiques agricoles. Donnant donnant, de nouvelles réserves d'eau accessibles aux agriculteurs d'un côté, un engagement de leur part à faire évoluer leur modèle d'exploitation de l'autre : plantation de haies, maintien d'une couverture végétale, réduction de 50% des pesticides. Ce dernier engagement en rappelle un autre, le même d'ailleurs, pris en 2007 au Grenelle de l'environnement et au résultat bien décevant : non seulement l'usage des pesticides n’a pas reculé, mais il a fortement augmenté. Il y a mieux pour instituer la confiance entre les agriculteurs et les et les environnementalistes. L’affaire du glyphosate est du même tonneau. L’abandon est programmé, mais quand l’échéance arrive, il y a toujours une bonne raison de la repousser. Le refrain est repris régulièrement, du changement qui attendra la mise au point de nouveaux produits qui aient les mêmes effets positifs sans provoquer de nuisances. Des produits miracles qui tardent à sortir des laboratoires, et qui permettent de changer dans le discours sans rien changer dans la pratique. L’idée même d’une évolution dans les systèmes d’exploitation semble incongrue, alors que c’est dans cette direction que de plus en plus d’experts voient le futur de l’agriculture.
Des rendez-vous manqués, pourriez-vous croire, dus à de mauvais concours de circonstances. C’est faire bien peu de crédit aux organisations agricoles, parfaitement équipées pour négocier les conditions d'exercice de leur profession. Ne dit-on pas que le ministère de l'Agriculture, parfois désigné comme ministère des agriculteurs, est cogéré par l'Etat et la profession ? même les gendarmes sont mobilisés pour protéger le modèle dominant de toute remise en question. Et même dans ce cadre déjà très favorable, la confiance est souvent bafouée. L’élaboration des projets de loi sur l'agriculture en donne une bonne illustration. Toutes les concessions faites au cours des négociations préparatoires sont reprises, comme par hasard, au Parlement grâce à des amendements. Des pratiques bien rodées qui permettent d’engranger les avantages sans s’embarrasser de contreparties.
L’agriculture n'a pas le monopole de ces pratiques, dont l'environnement est souvent la victime. De nombreux projets d'aménagement, ou de grands ouvrages, comportent des compensations. Les dégradations provoquées par le projet sont évidemment réduites au strict inévitable, mais il en reste souvent qui doivent être compensées. Des opérations favorables à l'environnement sont ainsi programmées pour les années qui suivent la réalisation du projet. Combien de ces engagements n'ont pas été tenus ou seulement partiellement tenus ? Combien de retards dans ces « mesures compensatoires » ? Une loi de 2016 fixe bien le cadre des compensations en matière de biodiversité, une charte de compensation a été institué dès 2008 à l'initiative de l’ADEME pour les émissions de CO 2, mais beaucoup de ces compensations ne sont que la reprise de programmes qui auraient dû être menés de toutes façons.
Ne soyons pas surpris dans ces conditions, que certains écologistes aient perdu toute confiance dans les engagements de professions ou de collectivités publiques qui ne cherchent avant tout qu’à gagner du temps, et à jouer les prolongations avec des modèles condamnés à terme.
Dans l'affaire des bassines, l'Etat est désigné comme le garant du bon équilibre des nappes où l'eau sera prélevée. Est-ce rassurant ? la simple observation de la dégradation de l'eau en Bretagne, provoquée essentiellement par des modes d'exploitation intensifs, montre les limites de l'action de l'Etat, sans cesse débordé par les exigences des agriculteurs et la politique du fait accompli.
Le développement durable est une recherche, celle de modes de vie assurant un progrès humain approprié à la finitude du monde. Une aventure où la coopération entre tous les acteurs est nécessaire pour que personne ne soit laissé sur le bord du chemin, une aventure qui suppose la confiance réciproque de toutes les forces vives, qui explorent les futurs possibles. L’affaire des bassines montre l’urgence qu’il y a à instaurer la confiance, pour ne pas récolter la tempête !

Edito du 9 novembre 2022

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