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Le changement, c’est maintenant !

Quel paradoxe ! Ce sont les marchands d'énergie qui nous incitent dans la grande presse à économiser. Nous aurions attendu ce discours de la part de l'Etat mais non, le discours de ce côté-là reste de « rassurer les Français ». Tout faire pour qu’ils n’aient pas à changer leur mode de vie. Pourtant, le signal prix est un des leviers les plus sûrs pour obtenir un changement de comportement. Il a été largement utilisé pour des causes d'intérêt général, comme la hausse du prix du tabac au bénéfice de la santé publique. Taxer les comportements les plus néfastes pour la collectivité et notamment pour l'environnement ou le climat, est une application de ce principe, et ce n'est pas parce qu'il a été mal mis en œuvre dans le passé qu'il faut l'abandonner. Le coût réel des choses est souvent bien supérieur au prix payé, lequel ignore de nombreuses charges, comme des dégradations de l’environnement, du climat, de la santé publique, payées de fait par la collectivité. La vérité des prix doit devenir a règle. Elle a longtemps été négligée, et le retour aux réalités est parfois douloureux.

La hausse brutale des prix est bien sûr insupportable pour une partie de la population, et il convient assurément de l'aider à faire face. Il y a plusieurs manières de le faire :
- Gommer le signal prix pour tout le monde. Contrôle des prix, primes de toute nature, baisse de TVA. Ça coûte cher à la collectivité, et surtout ça ne fait pas prendre conscience de la nécessité de changer.
- Aider ceux qui sont les plus touchés à payer la facture, dans une perspective sociale essentiellement, pour passer un moment difficile et sans accompagnement dans la durée.
- S’attaquer à ladite facture en aidant tout le monde, notamment les plus modestes, à réduire la consommation. Faut-il faire une ristourne à la pompe où permettre à chacun de pratiquer l'écoconduite qui a baissera sa consommation de 20% ? ou encore financer des aires de covoiturage, ou des systèmes de transport à la demande dans les territoires peu denses ? il y a mille manières de réduire la facture en jouant sur les modalités de transport par exemple. L'expérience conduite par l’ADEME sur les « familles à énergie positive » montre que des économies substantielles sont également possibles sur le logement, tout de suite.
Le discours officiel de réduction de notre consommation d'énergie et de nos émissions de gaz à effet de serre est principalement tourné vers l'investissement : Rénovation du parc de logement, changement de voiture, transfert sur le rail de voyageurs et de fret notamment. Des investissements nécessaires mais loin d'être suffisants. Outre qu’ils n'apportent pas de réponse immédiate au particulier, pour satisfaire les attentes de « fin du mois », ils ne produiront leurs effets pour la collectivité que dans des dizaines d'années. On doit pouvoir mieux faire…
La réponse attendue est à court terme. Ici et maintenant. En attendant les bienfaits des investissements lourds, et en préparation des usagers que nous sommes à en faire bon usage, une action forte sur le fonctionnement et les comportements est incontournable. Elle aurait aussi l'avantage de montrer que le changement nécessaire n'est pas l'enfer, et qu'il ouvre des perspectives nouvelles que chacun pourra imaginer. Elle montrerait que nous pouvons tous contribuer à la maitrise de la situation, et reprendre ainsi un peu de pouvoir sur notre propre vie, au lieu de tout attendre du ciel.
Les dépenses de fonctionnement ont mauvaise presse dans notre pays. Du vent, de l’argent qui file, contrairement à l’investissement qui dure. Cette méfiance nous conduit à négliger les actions sur les comportements, l’entretien, l’amélioration continue. C’est un registre très productif qui est ainsi oublié, ce qui nous coûte cher à plusieurs titres. C’est un gisement de progrès et d’innovations qui reste en friche ; les opérateurs et les usagers, premiers intéressés, ne sont pas exhortés à faire valoir leur expérience, leur créativité, les retours sur les investissements précédents ; les nouveaux investissements seront souvent des corps étrangers, venus d’ailleurs, et difficiles à « digérer » pour en tirer le meilleur profit. Une bonne politique de fonctionnement est la condition d’une bonne politique d’investissement.
Nous savons que le climat et la biodiversité, n’attendent pas, tout comme la réduction des inégalités et le développement humain. C’est dès maintenant que de vrands changements sont nécessaires, même si nous attendons beaucoup de transformations profondes et d’innovations technologiques, qui seront longues à obtenir. Le moral des troupes, son appétence au changement, s’alimentent dans les avancées quotidiennes, que nous pouvons observer, qui nous engagent, et qui nous donnent une idée du futur. Des actions à échelle humaine, les progrès que chacun apporte. Le changement, c’est maintenant.

Edito du 29 juin 2022

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