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Mondial de l'automobile : un saut dans le passé

Je le confesse, je ne suis pas allé au salon de l'automobile qui vient de s'ouvrir, pompeusement rebaptisé mondial de l'automobile, mais j'en ai entendu parler, à la radio et à la télévision. J'en ai tiré un sentiment de régression. Il y a 10 ans, en septembre 2012 très précisément, l'académie des technologies publiait un rapport sur le véhicule du futur. Le principal enseignement consistait en la nouvelle approche que les experts de l'académie proposaient. Une approche qui aurait pu ouvrir une nouvelle ère de l'histoire de l'automobile : abandonner l'automobile elle-même pour se concentrer sur le « système automobile ».

Le véhicule n’est qu'une pièce dans un ensemble complexe, et son avenir ne peut plus s’envisager isolément. Les modes d'accès à l'automobile font aujourd’hui partie de ce « système », tout comme le type d'énergie, les infrastructures, le financement, etc.
Cette évolution, remarquable à cette époque, ouvrait la voix à un élargissement encore plus vaste, vers un « système mobilité », où la voiture serait intégrée aux autres modes de déplacement, en complémentarité. Le « Futur » du véhicule est fortement relié, par exemple, aux progrès des nouvelles technologies, bien sûr des ordinateurs de bord, mais aussi de l’environnement de la voiture, notamment pour faire le saut de la propriété à l'usage. Une voiture en ville reste garée l'essentiel de son temps (95%). Elle prend de la place en pure perte, et coûte cher, même l’arrêt. À l'inverse, une voiture banalisée, disponible pour tous ceux qui en ont besoin, circule beaucoup plus et remplace l'équivalent de sept voitures particulières, en termes de services rendus de déplacement des personnes. Facteur 7. Pas mal quand nous cherchons à retrouver de l'espace pour les piétons dans les villes, où nous cherchons à réduire la consommation de matériaux. Le même service pour un prélèvement divisé par 7 d'espace et de matière premières. Et beaucoup moins cher. Une orientation de cette nature, qui privilégié l'accès à l'automobile plutôt que la propriété, ne s’improvise pas. Nouvelles technologies pour assurer la permanence et la qualité du service, nouveau modèle économique pour les constructeurs et pour les opérateurs de mobilité, nouvelles conceptions des rues et du stationnement pour les collectivités publiques, etc. et modèles de véhicules adaptés à cette nouvelle donne : petits véhicules urbains et non grosses et lourdes SUV. Nous sommes bien loin du projet de 4L de demain, transformée en 4EVER, un SUV bien massif.
Autre facteur de changement, l’électrification. Là encore, il semble bien que l’occasion de transformer le rapport à l’automobile soit ratée. Il n’est question que d’autonomie, comme si nous étions condamnés à posséder notre voiture, unique dans la plupart des cas, la même pour les parcours quotidiens et les grands voyages, quel que soit l’usage et quelle que soit la distance à parcourir. Le futur sera, espérons-le, plus intelligent. La voiture électrique longue distance s’appelle train, sauf exception. Nous allons vers le même dérapage que pour la vitesse. Les voitures sont surdimensionnées du fait de la vitesse maximum qu’elles pourraient atteindre, bien supérieures aux vitesses autorisées. Ce surdimensionnement coûte cher, à l’achat et au fonctionnement. Quelle erreur se serait de prévoir une autonomie de 600 km et plus, comme je l’ai entendu à la radio, pour une voiture qui, pour l’essentiel, ne fera au maximum qu’une centaine de km par jour ! Une autonomie qui coutera très cher en batteries, qui augmentera le poids du véhicule et par conséquent sa consommation de chaque jour. Le système voiture, c’est « the right car at the right place », la bonne voiture pour le bon usage, et même le transport en commun ou le vélo à l’occasion. Il faudra accepter de passer d’une voiture à une autre, ou d’une voiture à un train, que cela se fasse avec toute la fluidité que les nouvelles technologies de communication le permettront. Ajoutons que ce nouveau mode d’accès à l’automobile permettra de revisiter les questions d’entretien. Combien d’essence est brûlée en pure perte du fait de pneus sous-gonflés, pour ne prendre que l’exemple le plus évident, mais il en existe bien d’autres cachés sous le capot. La voiture partagée, c’est une exigence d’entretien à la charge de l’opérateur.
La « mondial de l’automobile » vu à travers les médias, c’est toujours la bagnole, encore la bagnole et rien que la bagnole. La bagnole marque de statut social, en changeant juste quelques paramètres pour être dans l’air du temps. Il s’agit toujours de séduire avec la voiture, au lieu de « vendre » à l’opinion un nouveau modèle à construire autour de la voiture, adapté aux exigences de notre temps. Ce serait, de la part des constructeurs, une preuve de leur capacité de résilience, de s’insérer dans un nouveau contexte en y apportant la capacité d’initiative et de recherche que le secteur a accumulé au cours de son existence.
De même que le futur n’est pas le prolongement du passé, ce serait une erreur de chercher l’avenir de la voiture dans le simple prolongement de son passé, juste modernisé et relooké, « changer pour que rien ne change ». Les grands rassemblements comme le Mondial, dans le contexte de tension sur l’énergie, y compris l’électricité, de canicule et de sècheresse, de télétravail, de pouvoir d’achat, semblent centrés sur l’ancien monde, avec l’électricité en plus. Une sorte d’arrière-garde. Dommage, il y aurait beaucoup à gagner dans une approche volontariste du nouveau monde.

Edito du 19 octobre 2022

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