Skip to main content

En même temps

« Nombreuses sont les politiques qui, par le passé, se sont opposées au lieu de se soutenir mutuellement » .C’était il y a 20 ans, dans la préface de Romano Prodi de la première stratégie européenne de développement durable. Est-ce notre esprit cartésien, nos modes d’action politique ? nous préférons manifestement les oppositions aux convergences. Les lois de la presse, les processus électoraux, en sont aussi responsables, le combat est un spectacle plus facile à mettre en scène que le consensus, surtout pour un peuple de gaulois, individualiste et râleur par nature, comme l’ont si bien décrit Uderzo et Goscinny.

Et pourtant, nos besoins, nos aspirations, souvent contradictoires en apparence, peuvent devenir complémentaires. Nous opposons aisément proximité et Europe, proximité et mondialisation, indifféremment du sujet abordé. La culture, par exemple, trouve son plein développement « en même temps » dans la bonne santé des traditions locales, des langues régionales d’un côté, que dans les échanges internationaux, les programmes Erasmus, les festivals de musique et de cinéma où des visions du monde, voire des modes de penser, se côtoient et s’enrichissent mutuellement. Trésor ou prison, la tradition est la meilleure ou la pire des choses, comme la langue d’Esope. Il en est de même que la mondialisation, qui accentue les inégalités d’un côté, et qui s’impose de l’autre pour lutter contre l’effet de serre et la protection des océans.
Nous vivons au milieu de contradictions de tous genres, reflets des différentes manières dont nous voyons le monde autour de nous. Il nous semble, par exemple, que la prise en compte de l’environnement est contraire aux besoins de l’économie, alors que de nombreux exemples nous montrent le contraire. Idem avec l’immigration, chargée de tous les péchés du monde, et qui nous coûterait cher, alors que dans de nombreux pays elle est devenue source de croissance. C’est la manière dont nous abordons les sujets, et les a priori qui s’imposent souvent dans notre inconscient, qui orientent le résultat, du genre « prédictions auto-réalisatrices ».
Le développement durable souffre du fait que beaucoup pensent qu’il faut toujours choisir, entre l’environnement et l’économie, entre le social et la croissance, entre notre qualité de vie et la survie de la planète, alors que leurs oppositions sont des présupposés souvent démentis dans les faits. Nos raisonnements, nos prises de décision, nos positionnements dans l’échiquier politique sont marqués par ces blocages bien implantés dans nos esprits, et dont il est bien difficile de s’extraire, comme le disait Keynes. « La difficulté n’est pas de comprendre les idées nouvelles, mais d’échapper aux idées anciennes ».
Du passé, faisons table rase. Et bien oui, le développement durable nous exhorte à sortir de notre zone de confort, et à accepter que ce que nous croyions être une vérité absolue n’est que le reflet de constructions humaines, qui peuvent être remises en question par l’observation des faits. Pendant longtemps, nous avons cru que la Terre était plate, c’était une évidence jusqu’au jour ou Galilée (et quelques autres avant lui) a démontré « qu’elle tourne ». Changer de système de référence est une épreuve. De tous temps, nous avons cru la Terre infinie. Nous savons depuis Paul Valéry que le « monde est fini », il nous faut remettre en question nos certitudes et adopter un nouveau mode de penser. Une attitude à adopter dans de nombreux domaines, personnels et collectifs, comme le champ politique, la gestion des affaires publiques. L’ancien monde politique ne fonctionne plus, de plus en plus de citoyens ne s’y retrouvent plus. Construisons-en un nouveau qui redonne du sens aux débats et nous permette de trouver des solutions originales aux défis que nous devons affronter.

1- Romano PRODI, Stratégie européenne en faveur du développement durable, Communautés européennes, 2002, Préface.

Edito du 27 avril 2022

  • Vues : 449

Ajouter un Commentaire

Enregistrer