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Climat et facteur temps

Le débat sur le nucléaire est relancé depuis quelques années. Le temps presse, le parc existant vieillit, il faut penser à la relève. Cela d’autant plus que les centrales actuelles ont toutes à peu près le même âge, et qu’elles devront toutes être arrêtées au même moment, à quelques années près. Ajoutons que la décarbonisation va entraîner un report de la consommation d’énergie, des énergies carbonées vers les décarbonées : nous utiliserons moins d’énergie au total, mais plus d’électricité. Comment faire face ? Les différents scénarios qui ont été élaborés donnent tous une place importante aux énergies renouvelables, éolien, terrestre et maritime, solaire, diffus ou en centrales, biomasse, solide ou gazeuse. La différence vient essentiellement du nucléaire, avec ou sans, nouvelles centrales ou non. Aucune solution n’est évidente. Elles supposent toutes un effort de maîtrise des consommations, et supposent des avancées techniques raisonnables mais pas acquises pour autant. Quelques paris sont à gagner sur la vitesse des progrès tant sur les modes de production que de stockage ou de distribution. Les renouvelables comme le nucléaire en sont tributaires, chaque scénario comporte des inconnues liées à des questions de comportement et d’acceptabilité, de résolution de problèmes techniques, ou encore d’accès à des ressources sensibles.
Le facteur temps est déterminant pour le succès de la transition. Pour atteindre la neutralité carbone en 2050, le virage doit être pris très tôt, le retournement des courbes d’émissions de gaz à effet de serre doit intervenir dans les prochaines années. Les experts désignent la décennie en cours comme cruciale. 1930 devient une date clé sur la trajectoire de réduction des émissions, avec ses objectifs intermédiaires à atteindre. Il faut augmenter fortement le potentiel de production d’électricité, pour faire face à une demande accrue et remplacer les centrales nucléaires qui devront fermer. En cas d’échec ou d’insuffisances, le recours aux énergies fossiles restera incontournable, ce qui pourrait compromettre le bon suivi de la trajectoire de référence.

Les EPR annoncés seront longs à construire. L’hypothèse d’une quinzaine d’années est le plus souvent émise, après l’expérience douloureuse de celui de Flamanville, non encore achevé. Si la décision de les construire était prise, ils n’apporteront leur contribution qu’au milieu des années 2030. Il semble donc raisonnable, pour cette décennie, de maintenir le nucléaire existant autant que leur état le permet, et de booster les énergies renouvelables, les seules dont les capacités peuvent s’accroître rapidement. Celles-ci ne sont pas exemptes de défauts, mais les progrès sont rapides et leur mise en route ne dure que quelques années, sous réserve des procédures qui pourraient les retarder. L’éolien en mer, dans notre pays, a pris un retard considérable. Pour de bonnes raisons, de mises au point des projets ou d’études préalables insuffisantes, mais aussi par suite d’acharnements moins légitimes. Les autres énergies renouvelables connaissent des difficultés comparables, dans une moindre mesure.
Les progrès du secteur sont étonnants, et concernent aussi bien la technique des équipements, pour améliorer les rendements, permettre le recyclage (récemment le recyclage des pales d’éoliennes), réduire le recours à des produits sensibles comme les terres rares, maîtriser les impacts, et piloter l’introduction dans les réseaux de l’électricité renouvelable, etc. Des avancées législatives et règlementaires favorisent l’autoconsommation et la mobilisation des finances locales, etc. Il reste encore bien des améliorations à apporter, mais il serait dangereux d’attendre la perfection pour accélérer le rythme du développement des énergies renouvelables. Le facteur temps en est la première raison, tout retard se paie cash en termes de climat, et aussi parce que c’est "en forgeant qu’on devient forgeron" : la pratique est riche d’enseignements, et permet d’orienter la recherche.
L’autre volet de la lutte contre l’effet de serre est la maîtrise des consommations. Là encore, le facteur temps compte, et les inerties représentent un véritable obstacle. Le renouvellement du parc automobile s’étalera sur une quinzaine d’années, la rénovation du parc immobilier prendra le double. Sans attendre que ces transitions soient effectives, c’est sur le fonctionnement qu’il faut porter l’effort. Il y a des gains importants d’énergie et de carbone dans le mode de conduite, y compris l’entretien des véhicules, et d’autres actions comme la diminution du besoin de mobilité (télétravail, livraisons groupées, etc.) et le transfert sur des modes décarbonés (train et voie d’eau pour les marchandises, marche et vélo pour les personnes, etc.). De nombreuses opérations, telles que le programme « famille à énergie positive » de l’ADEME, ont montré qu’il y a un gisement à exploiter dans l’habitat, dont les effets seraient rapides. Les effets des ces politiques sont en outre bonnes pour les porte-monnaie, un plus toujours bon à engranger, et qui donne aussi l’envie d’aller plus loin.
Le climat est devenu un enjeu majeur, un défi pour nos sociétés, avec un compte à rebours exigeant. Les changements structurels indispensables doivent être lancés, une action dans la durée, mais n’oublions pas l’immédiat et le temps proche.

Edito du 26 janvier 2022

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