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Pour l’émergence de modèles authentiquement ruraux

Il fut un temps où les révolutions naissaient dans les villes. Aujourd’hui elles partent des campagnes. Que ce soient les talibans ou Boko Haram, ou, plus proches de nous et sous d’autres formes, les gilets jaunes, le mouvement prend sa source et se développe dans les campagnes (ou les petites villes), pour partir à l’assaut des grandes villes et des métropoles. Un retournement qui doit nous interroger, comment les campagnes sont-elles devenues des foyers de contestation radicale, pourquoi cette colère qui bouscule nos institutions, menace et renverse des régimes en place ? Le discours maintes fois entendu selon lequel les villes sont notre avenir est-il remis en question, ou s’agit-il de résistances d’arrière-garde d’une évolution inéluctable ?


Il est bien possible que les gens des campagnes se soient sentis délaissées, voire méprisés. A force de proclamer « hors des villes, point de salut », de soumettre la production primaire aux exigences de l’industrie, du commerce et de la finance, piliers du mode de vie urbain, il n’est pas surprenant que la révolte gronde, comme aux temps anciens des jacqueries. L’abandon à leur sort des campagnes a laissé la place à différentes formes de prêcheurs, qui ont su transformer le désespoir d’une partie de la population en force de contestation radicale, de rejet des modèles dominants, venant des grandes villes, voire d’autres pays qui tentent d’imposer leurs modes de vie. Des prêcheurs religieux, ou des réseaux sociaux qui en tiennent lieu. La fragilité de nombreux états permet alors à ces radicaux de prendre le pouvoir sur tout le territoire ou sur des régions où ils imposent leur loi. Une loi issue de la tradition en général, « c’était mieux avant » devient la référence. Ici la religion, là le dieu pétrole, l’énergie pas chère. Les promesses de la croissance économique ne sont pas tenues pour une large partie du monde des campagnes, qui ne peuvent suivre l’évolution rapide de la société, qui assistent à l’effondrement des valeurs traditionnelles, qui souffrent d’un effritement continu de leur pouvoir d’achat, qui voient disparaître les services de proximité, qui se retrouvent dans une impasse, que ce soit la réalité ou le ressenti.
Le phénomène prend des formes bien différentes selon les pays concernés, mais dans tous les cas le sentiment d’abandon et le refus de modèles venus d’ailleurs a ouvert le champ à tous les pêcheurs en eau trouble qui trouvent un auditoire tout prêt à les entendre et à les suivre. En France, la « ruralité » est encensée dans les discours, mais il ne suffit pas de flatter les chasseurs pour ces discours soient entendus. Il manque de véritables perspectives, un « projet » pour les campagnes. L’impression s’impose que l’avenir se joue ailleurs. Le modèle agricole issu des 30 glorieuses est dépassé, les services publics sont concentrés dans les villes, la voiture est devenue incontournable, avec toutes ses exigences. Dans les documents d’urbanisme, les terres non constructibles sont devenues des réserves pour des extensions futures, elles n’ont plus d’avenir en tant que telles. Il y a pourtant beaucoup d’énergie, de talent, de dynamisme dans les campagnes, mais ils n’ont pas trouvé de cadre fédérateur qui leur donnerait la force nécessaire pour rivaliser avec les modèles urbains. Le télétravail est un élément nouveau dans ce contexte, dont nous ne savons pas encore s’il va renforcer les communautés rurales, ou accélérer leur décomposition.
Il existe en France de nombreuses initiatives locales qui ont donné un élan à des territoires. L’expérience montre que l’émergence de projets ici et là provoque bien le renouveau de « pays » autour de perspectives retrouvées. C’est ce mouvement qu’il faut encourager, il n’y a pas de recette magique, ni de modèle à imposer, mais une envie de s’en sortir par soi-même qu’il faut favoriser. Aide-toi, le ciel t’aidera, un principe à remettre au goût du jour, en libérant les forces locales de l’influence envahissante des modèles urbains. L’émergence dans les campagnes de modèles authentiquement ruraux, au lieu de la transposition souvent brutale des modèles urbains, voilà une voie du développement durable. A explorer sans attendre.

 

Edito du 1er septembre 2021

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