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Les coûts évités

« Vivre mieux » était un slogan fréquemment affiché par les différents partis politiques, avec souvent une traduction souvent réductrice : Améliorer le pouvoir d’achat. Mieux vivre serait donc consommer plus, si l’on accepte ce raccourci lourd de signification. J’aurai préféré le pouvoir de vivre, pour reprendre le titre du programme de Brice Lalonde aux élections présidentielles de 1981, repris récemment par Laurent Berger. Restons malgré tout dans cette logique du pouvoir d’achat. Il y a deux manières de l’améliorer. La plus classique est d’augmenter les revenus. Vous gagnez plus, et même si « l’argent ne fait pas le bonheur », vous avez le sentiment d’une amélioration de vos conditions de vie.


Une autre manière de faire serait de réduire vos dépenses obligées, pour augmenter votre argent libre, celui qui vous donne l’impression d’être riche, et de satisfaire vos envies. C’est possible au niveau individuel, par exemple en isolant votre logement pour faire des économies d’énergie, ou en mettant des mousseurs sur vos robinets, mais n’oublions pas pour autant les actions collectives. Les coûts que vous supportez sont de multiples natures, et sont souvent tellement intégrés à nos modes de vie qu’ils se font oublier.
Prenez la deuxième voiture. Elle coûte cher, près de 5000€ par an. Peut-on l’éviter, et ainsi augmenter votre pouvoir d’achat ? Cela dépend en partie de vous, mais aussi de facteurs collectifs, comme le mode d’urbanisation et l’organisation des transports collectifs. Un lotissement bien relié au bourg existant et aux services qu’il offre n’aura pas le même impact sur votre portefeuille qu’un emplacement éloigné de tout. Ce ne sera pas non plus le même impact sur l’environnement, les ressources utilisées et les rejets comme les gaz à effet de serre.
Changeons d’échelle. Combien coûte la pollution de l’air ? et le bruit ? Des dizaines de milliards d’euros chaque année, plus cher que les effets du tabac sur la santé et que les accidents de la route. Des sommes payées de manière diffuse, mais bien payées en termes de médicaments et de traitements médicaux, en termes de journées de travail perdues et de perte de productivité du travail, de retards scolaires, en dépréciation de la valeur des maisons, etc. et des années perdues de vie en bonne santé. De 100 à 150 milliards pour chacune de ces pollutions. Croyez-vous qu’elles soient comptabilisées en négatif dans le calcul du PIB ? Et bien non, ces chiffres ne figurent nulle part, et les économistes semblent les oublier. Tout effort pour éviter ces coûts, au contraire, serait compté, et ce serait une charge incompatible avec la recherche d’un équilibre budgétaire.
Mesdames et messieurs les économistes, il serait temps de s’intéresser aux coûts évités, qui permettraient d’assurer une croissance du bien être en n’ayant pas à réparer les « dégâts du progrès » ? Nul doute que l’intégration du concept de coûts évités transformerait la donne et conduirait à des choix d’aménagement, de mobilité, d’alimentation, etc bien différents de ceux qui les ignorent. Le réchauffement climatique nous appauvrit aussi, en provoquant des dépenses lourdes pour s’y adapter et faire face à ses manifestations concrètes, ouragans, sècheresses, canicules, montées des eaux et autres joyeusetés. Un coût qui a été évalué à plusieurs points de PIB mondial, bien plus que le coût de l’effort à faire pour modérer ce réchauffement. Eviter des dépenses, même collectives et diffuses, c'est améliorer le pouvoir d'achat réel, et le bien-être. 
Une première réponse a été apportée pour la prise en compte des coûts évités : les certificats d’économies d’énergie. La non consommation est évaluée et valorisée. L’économie est récompensée, recherchée du côté de l’efficacité des solutions, et non de la privation. Une piste intéressante à suivre et à étendre aux choix collectifs, qui pèsent très lourd à la fois sur notre qualité de vie et les ressources de la planète. « Deux fois plus de bien-être en consommant deux fois moins de ressources », c’est la voie du développement durable.

 

Edito du 8 décembre 2021

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