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La tyrannie du « plus »

Les retraites en sont une bonne illustration. Le « toujours plus » tient la corde, il domine les esprits au détriment du mieux. Travailler plus semble être la seule ligne de conduite, et elle est présentée comme une marque de respect pour la « valeur travail ». Mais travailler pour produire quoi, dans quelles conditions ? C’est dans la réponse à ces questions que réside le fameux respect, et non dans l’unique référence au volume de travail. D’autant plus que la motivation et les conditions de travail sont des facteurs essentiels de productivité, grande oubliée des débats sur les retraites. Le pari peut être pris qu’il est possible de produire les biens et services dont la société a besoin avec moins de travail, mais un travail qui ait du sens, réalisé dans une ambiance physique et mentale favorable. Nul doute que la question de l’âge de départ à a retraite trouverai alors une réponse plus consensuelle. Le mieux à la place du plus.
« Travailler plus pour gagner plus » serait plutôt un signe de mépris pour le travail. Celui-ci n’aurait donc pour objectif que de gagner plus, et donc de consommer plus. C’est la consommation qui est alors la valeur suprême. C’est elle qui nous motive, nous donne un statut social. Ma voiture est plus belle que celle de mon voisin ! Peu importe le travail lui-même, sa contribution à la vie collective et à la satisfaction des besoins de chacun. Seul compte le revenu qui en est tiré. Adieu la belle ouvrage, il faut faire du chiffre, toujours plus.
Un autre slogan serait la marque du respect de la valeur travail : Travailler mieux pour vivre mieux. Le travail comme partie intégrante de la vie de chacun d’entre nous, avec un accent particulier sur la qualité. Qualité de la production issue du travail, qualité de la vie de ceux qui travaillent. Le « plus » n’a de sens que dans une approche linéaire, à une seule dimension. Mais la vie est complexe, le monde dans lequel nous vivons aussi, et les approches linéaires ne fonctionnent pas. Une croissance purement quantitative dans un monde « fini » n’a aucun sens, il faut s’orienter résolument vers la qualité, fille du génie humain et du talent, des ressources inépuisables, pour obtenir le meilleur usage des richesses que la planète nous fournit pour satisfaire nos besoins et nos envies.
La grande force du plus est sa simplicité. C’est aussi sa faiblesse, les mots « simpliste », ou « simplificateur » viennent à l’esprit quand la simplicité est artificielle ou trop réductrice de la réalité. A l’inverse, la qualité est contingente, elle dépend du contexte, elle est diverse, avec de multiples facettes, ce qui la rend bien difficile à mesurer. Le « bonheur national brut » est bien plus dur à caractériser que le « produit intérieur brut ». A défaut de mesure, peut-on l’apprécier, l’évaluer, l’estimer ? Comment rendre accessible le niveau de qualité ? Les controverses sur les indicateurs de qualité alimentaire montrent que ce n’est pas évident, mais une approche pourrait être privilégiée devant le constat de la « finitude du monde ». Revenons à la définition du développement durable selon Gro Harlem Brundtland et son rapport introductif à la conférence de Rio, en 1992. Il faut d’une part satisfaire les besoins actuels, et d’autre part ménager les ressources nécessaires aux générations futures. La « mieux » serait donc la capacité à rendre le meilleur service aux humains avec une unité de ressource donnée. C’est la productivité de la planète qui importe, pour faire face à nos besoins. « Deux fois plus de bien-être en consommant deux fois moins de ressources (1)», un cocktail de plus et de moins pour donner du mieux.

1 - Sous-titre du rapport au Club de Rome « Facteur 4 », 1997

Edito du 17 novembre 2021

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