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Haro sur le développement durable

Il est de bon ton, dans certains milieux, de brocarder le terme « développement durable ». Il est vrai qu’il est mis à toutes les sauces, et détourné de son sens, avec parfois un certain cynisme. Faut-il pour autant le rejeter en lui reprochant les mauvais usages qui en sont faits, ou les ambiguïtés qu’il comporte ?
Une première remarque, d’ordre général. Il s’agit de trouver une appellation pour désigner un concept nouveau, riche, complexe et évolutif en fonction des expériences accumulées.

Aucune expression ne sera parfaite, elles seront en général réductrices, ou mettront l’accent sur un aspect particulier au détriment de la richesse de l’ensemble. Le recherche de la perfection est vaine. Dans ce genre de situation, changer de mot pour exprimer une évolution ou une nuance est souvent une affaire de petits groupes de spécialistes, ou de militants qui pensent que leur préoccupation est mal représentée. Pourquoi pas, mais le résultat est souvent d’embrouiller les choses. Les batailles sur les mots n’intéressent que ceux qui les mènent, et déroutent tous ceux qui s’intéressent au sujet sans en être des spécialistes. C’est ainsi qu’en son temps, le mot « environnement » a eu du mal à se faire comprendre. Le mot « écologie » y a été substitué dans le langage administratif et politique juste au moment où Environnement commençait à être compris. Le développement durable enrichit le sujet, qui prend une autre dimension, mais il agace les tenants de la protection de la nature qui craignent de voir leur thème de prédilection dilué dans une approche trop large. Comme si la protection de la nature pouvait être traitée indépendamment d’autres dimensions locales, culturelles, sociales, voire politiques. La réintroduction de l’ours dans les Pyrénées en est une bonne illustration.
Le développement durable est aujourd’hui reconnu par l’ONU, qui en fait le fondement de sa politique avec les objectifs sectoriels bien définis. Peut-être vaut-il mieux consacrer son énergie à en promouvoir le contenu que de se battre pour changer la terminologie. Les deux mots, développement et durable, ont fait l’objet de critiques.
Développement, tout d’abord. Comme le développement humain, dont l’indice est en général considéré comme un bon indicateur. Le mot a été retenu à la conférence de Rio, en 1992, pour que les pays pauvres se sentent concernés, ceux dont le développement humain est justement insuffisant. Développement a plusieurs sens, il peut être rapproché du mot Croissance, chargé de tous les péchés du monde s’il ne concerne que la consommation de biens matériels, et de ressources naturelles. Mais il peut être appliqué à d’autres notions, comme le bien être, la qualité de vie, le « bonheur national brut ». Le mot développement en soi n’a pas plus de défaut que le mot à la mode, « transition », si l’on n’en propose pas la finalité, ce que le mot « durable » tente de faire, avec les limites de ce qu’il est possible de dire avec un seul mot.
Durable, ensuite, traduction française du mot anglais sustainable. Pourquoi pas « soutenable » qui sonne comme le mot d’origine ? dans les deux cas, il faut expliquer le contenu du mot choisi, et l’avantage du mot Durable est de faire explicitement référence au temps, à la durée. Dans son livre intitulé Durer, le philosophe Pierre Caye justifie pleinement cette option, et fait l’éloge des principes de transmission du patrimoine aux générations futures, et de maintenance, c’est-à-dire de conservation en bon état dudit patrimoine. Les générations futures et le temps long sont au cœur du développement durable, et il est bon de le rappeler. Pour ma part, je pense qu’un mot courant dont le sens est proche de ce que l’on veut exprimer, est plus efficace qu’un mot nouveau, comme soutenable, dont il faudrait expliquer le sens à chaque usage. Il ne s’agit pas de se parler entre soi, mais de diffuser la bonne parole, et pour cela d’utiliser le langage de ceux auxquels nous nous adressons.
Il est toujours possible de remettre en question le terme de développement durable, et même son contenu dans ses grandes lignes, sa signification communément admise par les personnes de bonne volonté, mais il est à craindre que ce soit contreproductif. Le mieux est l’ennemi du bien, et il vaut mieux se mobiliser sur le contenu que sur les mots, lesquels seront toujours réducteurs et sujets à interprétation.

 

Edito du 5 mai 2021

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