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Du bon usage de nos inquiétudes

La COP26 est révélatrice, s’il en était besoin, du malaise de la jeunesse. Son avenir lui semble incertain, voire compromis, par une évolution irrépressible du climat, et sans doute aussi de la biodiversité, des océans, de l’eau douce, de la population mondiale, etc. Le chiffre de 75% des jeunes qui seraient « stressés » à ce sujet circule, avec un besoin de consultation psychologique en forte augmentation. Ce qui n’empêche pas de continuer sur le même registre, de la protestation, de la dénonciation, de la réclamation.
Il est vrai que les perspectives ne sont pas encourageantes. Le temps presse, et les institutions sont bien lentes, voire impuissantes. Les intérêts installés utilisent tous les moyens pour freiner la nécessaire transformation. C’est comme pour le tabac : les grandes firmes en connaissaient parfaitement les dangers, et ils les ont contestés et joué au maximum la carte du doute. Nous ne sommes sûrs de rien, continuons comme avant. Les pétroliers savent depuis longtemps que leur produit est condamné pour cause d’effet de serre, mais ils continuent à prospecter et se battent pour obtenir des concessions de recherche. Et tout le monde se réjouit de la reprise de la croissance, laquelle se fait largement sur le modèle « d’avant », au lieu de se lancer résolument sur celui « d’après ».
Les contradictions sont toujours source de perturbation, mais il manque le facteur temps. Notre appareil productif a été préservé, et il n’est pas étonnant de le voir repartir tel quel, dans un premier temps. C’est dans les investissements que le changement réside, le monde d’après est en gestation et ne s’est pas encore montré à l’échelle que nous attendons. Nos aspirations n’ont guère changé, elles aussi, ni nos modes de vie, mis à part cette évolution particulière qu’est le télétravail. Bien sûr, nous nous agaçons des discours sans suite de nos dirigeants, mais n’attendons pas tout de leur part.
Au-delà des décisions venues d’en haut, il s’agit d’un changement de société, voire de civilisation comme disent les chinois, avec une dimension sociétale forte qui ne se règle pas par des lois ou des taxes. Comment préparer la société, dans toutes ses composantes, des plus modestes aux plus fortunées, des villes comme des campagnes, à accepter d’entrer dans cette logique de transformation ? Manifester pour marquer une impatience, exprimer un engagement, et tenter de mobiliser l’opinion, oui, mais pas pour obtenir ce qui est hors de portée. En 2009, à Copenhague, la COP15, déjà une « COP de la dernière chance », des manifestations monstres avaient eu lieu pour obtenir des mesures contraignantes que tous les dirigeants des ONG savaient inaccessibles. La déception qui en est résulté avait alors démobilisé une bonne partie des troupes, mais la leçon ne semble pas avoir été retenue. Le sentiment d’impuissance s’installe, et le stress avec lui.
Les contradictions demeurent. Nous faisons la promotion des vacances près de chez nous, en France, pour limiter les transports, mais nous sommes très heureux de voir les étrangers venir de loin et regrettons la défection des chinois. Les mêmes jeunes inquiets de l’avenir de la planète sont des consommateurs qui aspirent à consommer plus, à faire des voyages, à découvrir le monde. Comment sortir de ces contradictions « par le haut » ?
Une réflexion s’engage sur les comportements, grands oubliés des travaux sur le changement climatique. Les sciences du comportement s’organisent pour apporter une contribution, il était temps. Les entreprises s’inquiètent des modèles culturels que colportent leurs publicités, et en proposent une évolution pour faire émerger de nouveaux imaginaires, compatibles avec la finitude du monde. Les étudiants du « réveil écologique », de plus en plus nombreux, expriment leurs exigences pour mettre en cohérence leurs convictions et leurs aspirations professionnelles. La société s’est mise en mouvement, de nombreux indices en attestent.
Une inquiétude qui ne trouve pas de réponse satisfaisante débouche sur un malaise, un stress qui peut faire des dégâts. La même inquiétude, rapportée à notre aire d’influence, à notre capacité à agir, devient un élément structurant de notre personnalité. Il reste à en faire un moteur de la nécessaire transformation.

Edito du 10 novembre 2021

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