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Climat : le coût de l’inaction

Nous savons depuis longtemps que la plus grande part des réserves d’hydrocarbures connues devront rester dans les profondeurs de la terre et des océans, si nous voulons lutter efficacement contre l’effet de serre. Le bon sens voudrait alors que les efforts de recherche se déploient dans de nouvelles directions, les terres rares par exemple, dont nous aurons besoin pour justement sortir du pétrole. Et bien non, malgré de nombreux avertissements, y compris des organismes les plus autorisés en la matière comme l’agence internationale de l’énergie (AIE), les investissements continuent pour chercher de nouveaux gisements, dans des milieux de plus en plus éloignés, fragiles et coûteux à exploiter.

Le journal Le Monde daté du 24 septembre dernier titrait sur les forages en Arctique, qui bénéficient toujours de financements des grandes banques, des centaines de milliards de dollars, malgré tous les engagements pris la main sur le cœur, et les inquiétudes des actionnaires sur la valeur de leurs actifs le jour où ces réserves seront devenues inexploitables pour cause d’effet de serre.
La « transition » pourrait commencer par ne plus investir dans les activités du passé, celles du monde « carboné » dont la fin se rapproche. Dans un discours célèbre devant les Lloyds, à Londres en 2015, le gouverneur d’alors de la banque d’Angleterre, Mark Carney, mettait en garde le monde financier sur les risques que représente le dérèglement climatique, en évoquant la « tragédie des horizons ». Aujourd’hui, c’est la banque centrale européenne qui reprend cette alerte. Des « stress tests climatiques » sont administrés à des entreprises et notamment les banques de la zone euro pour évaluer leur degré de résistance aux chocs que le climat nous réserve dans les années à venir. A tous ceux qui s’inquiètent du coût de la transition, la BCE oppose le coût de ne rien faire, et de continuer comme avant.
Il est d’ailleurs surprenant que, dans les nombreux débats organisés dans la perspective de l’élection présidentielle en France, le coût de la transition est mis en avant, laissant croire qu’il s’agit d’un gouffre financier, alors que c’est l'inaction qui coûte de beaucoup le plus cher. Le plus pénalisant serait d’opérer cette transition à regret, voire à reculons, ce qui augmenterait encore plus la facture sans ouvrir la possibilité de tirer parti des innovations qui vont fleurir pour nous conduire à un monde décarboné. Avis à tous ceux qui parlent du « déclin » de notre pays. S’attacher aux anciennes techniques et aux organisations qui en ont été les promoteurs, c’est à coup sûr accepter que la France s’enfonce dans tous les classements mondiaux, qu’il s’agisse d’économie ou de vie culturelle et sociale.
A l’inverse, rêvons aux recherches que nous pourrions lancer, à l’encouragement que nous pourrions apporter aux jeunes entrepreneurs, si nous nous lancions avec détermination dans l’émergence de ce nouveau monde en basculant les investissements carbonés sur les techniques de demain.

 

Edito du 29 septembre 2021

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