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La 5G chez les amish

Le débat sur la 5G est révélateur. Outre les interrogations sur l'innocuité de cette nouvelle technologie, pour les humains et pour l'environnement, il s'agit de l'usage qui en sera fait. Evidemment impossible à prévoir, tant chaque innovation peut (ou non) provoquer sa dynamique propre. Pour la 5G, certains font valoir le potentiel qu'elle représente, et les bénéfices à en attendre, par exemple dans le domaine de la santé, ou pour optimiser des services publics. La puissance de la nouvelle technologie ouvre des perspectives séduisantes. Elle est aussi la porte ouverte à d'autres usages, et à des excès de consommation.

Prenons un exemple classique dans un domaine bien connu. Les écrans de télévision récents, à base de LED, consomment bien moins que leurs homologues historiques, à base de lampes. Une consommation en baisse à surface constante. Mais les écrans plats se sont affranchis du poids et du volume des lampes, et ils ont vite évolué vers des grandes surfaces, et des usages publicitaires, impensables avec les vieux appareils. Résultat : une technique plus économe produit une forte hausse de la consommation. Autre exemple : l'avion. Sa vitesse permet d'aller loin, bien plus loin que ce que permettait les moyens de transport traditionnels. Une bonne chose en soi, mais la facilité peut vite devenir mauvaise conseillère, surtout si les coûts payés par les usagers ne reflètent pas les coûts réels, dont une part sont "externes" et par suite oubliés. Dernier exemple, plus trivial : nous consommons beaucoup plus d'eau depuis que nous la puisons plus au puits et qu'elle nous arrive au robinet. La facilité d'accès à des ressources ou à des services est évidemment une bonne chose, mais une régulation apparait incontournable. On peut l'obtenir par le prix, le prix de l'eau incite à modérer la consommation, ou par des contingentements, voire des interdictions sectorielles. La gratuité apparente de certains produits, financés par la publicité par exemple, est une incitation à consommer "sans modération", à moins de limiter physiquement le volume de la consommation autorisée. Revenons à la 5G. Réputée plus économe en énergie, elle pourrait devenir une source de nouvelles consommations et provoquer une hausse des besoins. Les bénéfices attendus seraient alors repris par des usages parasites qui se développeraient sans contrôle. On parle d'effet rebond. La question est alors de la régulation. Peut-on favoriser les bons usages et limiter les mauvais ? Comment filtrer l'usage de la 5G ? Est-ce possible, est-ce souhaitable ? Et inversement, peut-on se priver d'un instrument puissant au motif que certains en feront un mauvais usage ? Le débat "pour ou contre" nous met devant un choix impossible, et ne permet pas d'aborder la question de la régulation. Question délicate, car nous ne vivons pas dans un monde clos, et une règle purement franco-française est sans doute un leurre, mais le débat sur la 5G existe aussi dans d'autres pays, et une action coordonnée pourrait être envisagée. Encore faut-il savoir ce que l'on veut, proposer des moyens de l'obtenir, et si possible avant le développement de la technique car les retours en arrière sont toujours douloureux. Fallait-il autoriser les panneaux publicitaires lumineux, gourmands en énergie. Dans un autre ordre, nous voyons aujourd’hui la difficulté de revenir en arrière sur un autre produit, les chaufferettes des terrasses de café. Il est toujours problématique d’interdire une pratique populaire, il vaut mieux ne pas l’autoriser au départ.
Encadrer la 5G dans ses usages, en plus, si nécessaire, des éléments d’ordre sanitaire ou environnementaux, tel devrait être l’objet des débats, non pour interdire ou laisser libre cours, mais pour tenter de bénéficier de la technique en en évitant les excès. C’est autrement plus riche que la confrontation Amish versus modernité.

 

Edito du 23 septembre 2020

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