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Global thermique ou global tout court ?

En ajoutant l’adjectif thermique, la convention citoyenne pour le climat est passée à côté du problème. C’est souvent ce qui arrive quand on lance une réflexion avec une orientation exclusive. La rénovation thermique des bâtiments est en effet une priorité, mais elle peut être aussi une occasion à saisir pour d’autres priorités. Le confinement en a d’ailleurs été un révélateur, que les 150 citoyens n’ont manifestement pas perçu. C’est la qualité « globale », pour reprendre le mot, qui est le sujet. Notre parc immobilier ne correspond pas aux besoins. Nous savons que les logements sont trop petits, déplorables au plan acoustique, mal connectés aux réseaux numériques, qu’ils n’ont pas été entretenu depuis des années, qu’ils ne sont pas, dans de nombreux cas, adaptés au handicap et notamment à la vieillesse, et d’une manière générale qu’ils ne correspondent pas aux exigences de la vie d’aujourd’hui. C’est vrai aussi bien dans les villes et les banlieues, que dans les campagnes qui voient les centre-bourgs se dépeupler au profit d’extensions mal conçues. Ce problème est lourd de conséquences, et dans des domaines bien éloignés de la thermique. « vivre dans un logement dégradé nuit à l’image que l’on a de soi-même » nous dit le CREDOC (1) qui précise que « l’habitation ne répond pas seulement à la fonction de se loger, c’est un marqueur social qui étaye les représentations que l’on a de sa position sociale ».
Engager des travaux lourds pour une rénovation thermique globale, avec des actions sur l’ensemble du bâtiment, est une occasion de donner à un logement une nouvelle jeunesse et d’améliorer le moral des Français, en même temps que de lutter contre la précarité énergétique et l’effet de serre. C’est une mise à niveau générale qu’il faut viser. A défaut, l’ambition sociale de cette mesure est largement amputée, ou bien nous courons le risque de voir l’efficacité thermique mise en danger par de nouveaux travaux, que les habitants pourraient engager de leur propre chef pour embellir leur cadre de vie.
Cette approche spécialisée présente un autre inconvénient, dont la rénovation thermique est la victime. C’est que celle-ci n’est pas populaire, au point qu’il faut la rendre obligatoire. Donner envie de rénovation tous azimuts, en faire une priorité pour les « ménages », serait un accélérateur déterminant pour la rénovation thermique, qui serait ainsi « embarquée » dans un projet plus enthousiasmant. Contrairement à ce que les spécialistes de l’énergie pensent, la thermique a tout à perdre à jouer solo. Elle se portera bien mieux intégrée à une démarche « globale » de qualité, elle trouvera plus facilement des candidats et des budgets, à comparer à la solution retenue par les « citoyens », l’obligation.

1 - L’étude « Consommation et mode de vie » 2015 du CREDOC (Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie) approfondit notamment la question des effets de la crise du logement sur la société française.

Edito du 8 juillet 2020

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