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Faut-il stopper l'artificialisation des sols ?

Le grignotage continu des sols par l'urbanisation nous inquiète à juste titre. Nous en consommons beaucoup plus que nos voisins européens, il doit bien y avoir quelque chose à faire pour enrayer cette facheuse tendance. Zéro artificialisation est devenu un objectif, France Stratégie en a fait un rapport , les professionnels se mobilisent. Nous avons du mal à accepter l'idée de la finitude du monde, et de la rareté des ressources naturelles, au premier rang desquelles figurent les sols. Les surfaces disponibles ne sont pas inépuisables, et une concurrence forte oppose leurs différents usages, construction et aménagements, production agricole et forestière, biodiversité. Il faut y ajouter la capacité des sols à capter le carbone dans la matière organique qu'ils contiennent, à retenir les eaux pluviales, ou à les infiltrer selon les circonstances, et à produire de l'énergie (biomasse, capteurs solaires). Les sols nous rendent de nombreux services, et ils doivent être ménagés. Haro, donc, sur l'artificialisation ! Admettons toutefois que l'artificialisation prend de nombreuses formes, l'agriculture en étant une bien connue. Quelle qu'en soit la forme, elle transforme la nature sauvage, et constitue ainsi une artificialisation. Le sol n'est pas imperméabilisé, mais il est profondément transformé, parfois compacté, érodé, pollué. La nature vierge, primaire, n'existe plus dans nos contrées depuis des siècles, et la question serait plutôt sur la nature de l'artificialisation. Peut-on envisager une artificialisation favorable à la biodiversité, aux paysages, au climat, au bon écoulement des eaux ? La "main de l'Homme" est-elle toujours néfaste, ou bien peut-elle être "friendly" pour l'environnement et la planète ? Les exemples classiques, bocages et étangs creusés jadis par les moines pour le poisson du vendredi montrent que l'artificialisation peut produire de la richesse biologique. Aujourd'hui, l'agroécologie s'y efforce. La question, posée à partir de l'agriculture, peut être étendue à toutes les activités humaines consommatrices de sols, constructions et aménagements notamment. Peut-on créer des extensions urbaines favorables à la biodiversité, à la captation d'énergie, à la séquestration du carbone et au bon écoulement des eaux ? C'est bien l'objectif à se donner, et nous avons les moyens techniques d'y parvenir. Il faut en avoir la volonté. Cette manière de faire s'applique également aux aménagements sur des sites déjà artificiels. Une bonne occasion de faire d'une pierre deux coups, dégager du foncier et enrichir l'environnement. Bien sûr, modérons nos appétits de territoires à urbaniser, gérons au mieux ceux qui ont déjà été transformés, mais il n'est pas sûr que cela suffise pour faire face à tous les besoins. Prenons le pari, alors, de faire de l'artificialisation une bonne affaire pour la planète.   

Edito du 11 mars 2020

 

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