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Le jaune et le vert

La convergence des gilets jaunes et de la marche pour le climat a été souvent évoquée. Curieusement, car nous n'oublions pas que le déclic qui a permis aux gilets jaunes de naître est justement la taxe carbone. Les gilets jaunes font bien sûr état de leur bonne volonté climatique, mais c'est bien le pouvoir d'achat qui est au coeur de leurs revendications, et les moyens d'utiliser leur voiture sans contrainte. Et pourtant, nous le savons bien, nous ne vivrons mieux demain que si nous acceptons de changer. Les médias ne nous ont pas rapporté que la colère des manifestants du samedi aux Champs-Elysées se soient exercée sur les marchands de voitures qui y exposent insolemment leur derniers modèles, dans des temples rutilants. Les reportages des chaines d'information à la télévision sont entrecoupés de spots publicitaires où la voiture est reine. Celle-ci semble bien sacrée, alors que c'est la civilisation de l'automobile qui est en cause. La mobilité ainsi facilitée a engendré des maux tels que délocalisation, ségrégation, abandon des centres-villes, relégation des groupes sociaux non motorisés, et bien sûr pollution locale (air, eau, bruit, etc) et effet de serre. La voiture est un instrument merveilleux, à condition qu'elle ne nous impose pas sa loi, et nos malheurs viennent largement de notre faiblesse devant ses charmes. Nous en avons fait mauvais usage, et nous avons bien du mal à revenir à la sagesse dans de nombreux domaines : Aménagement et urbanisme, mobilité partagée et douce, vitesse, etc. Or je ne vois dans les revendications des gilets jaunes aucune critique de ce modèle, et au contraire une exigence de pouvoir continuer comme avant. Il est vrai qu'ils ne sont pas responsables du mode de développement non durable dans lequel ils ont été entraînés à défaut d'y avoir contribué. Comme les agriculteurs orientés vers des modes d'exploitation "insoutenables", ils se trouvent pris dans un piège dont ils ne voient pas la sortie. L'impasse pousse à la désespérance et à une colère, la colère de s'être "fait avoir". Faut-il en déduire une adhésion des "jaunes" à l'écologie ? La situation et les perspectives en matière de pouvoir d'achat et d'environnement ne sont pas fameuses, et il faut assurémment un changement profond de nos modes de vie, de production et de consommation, mais je crains fort que les modèles en vue des jaunes et des verts ne soient pas les mêmes. Certains "verts" peuvent être attirés par la contestation par les jaunes du mode de développement et de gouvernance, et certains jaunes intéressés par la légitimité du vert, mais il est permis de s'interroger sur la sincérité et la durabilité d'un rapprochement largement fondé sur l'opportunisme, la naïveté et des malentendus.

 

Edito du 20 mars 2019

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