Bouffe

Prévention

Le principe de preécautoin alimente les polémiques. Sa grande soeur, la Prévention, est plus discrète. Elle n'en est pas moins un des piliers du développement durable.

L’usage abusif du principe de Précaution, ou plutôt son évocation trop légère, crée une polémique déjà évoquée sur ce site, fille d’une réelle confusion.

Le Débat est moins vif sur le principe de prévention. Il s’agit là de réduire des Risques avérés, dont on connaît les causes avec certitude. Là est la différence principale avec le principe de précaution, pour lequel on ne dispose pas de preuves ni de connaissances partagées, mais de présomptions fortes portant sur les risques graves et irréversibles. Dans le cas  de la prévention, il ne s’agit aussi que de risques, affectés d’une probabilité d’occurrence, et non d’une certitude de châtiment en cas de mauvaise conduite. Une zone inondable n’est pas inondée systématiquement, une zone sismique ne sera pas forcément sujette à tremblement de terre au cours des prochaines années.
La mémoire étant courte, et les besoins pressants, il arrive que l’on accepte des risques inconsidérés, en contradiction avec le principe de prévention. Surtout si ceux qui seront amenés à payer les dégâts, en cas de malheur, ne sont pas les mêmes que ceux qui profitent des décisions.
Il reste à savoir si le Prix de la prudence est proportionné aux risques, et si la réponse apportée doit être abrupte, obligation ou interdiction pures et simples ou bien si des gradations sont envisageables, ou la recherche de solutions sur mesure, adaptées à chaque circonstance. La loi Robien sur les Ascenseurs, votée au lendemain d’accidents dramatiques, est aujourd’hui l’objet de bien des critiques. Elle grèverait lourdement les capacités de modernisation de l’habitat collectif. Dans d’autres contextes, un dispositif d’alerte semble suffisant, si la nature du danger permet d’anticiper au moment où il se manifeste, et si le prix à payer reste modique par rapport aux avantages attendus. Des crues lentes, par exemple, donnent le temps d’évacuer la population et de protéger les biens matériels les plus précieux. Faut-il encore s’y être préparé, que l’alerte parvienne aux intéressés dans les délais voulus, que chacun sache ce qu’il a à faire, que les lieux de repli soient accessibles, etc. Les crues soudaines  et violentes, de type cévenol, ne peuvent être traitées de la même manière, et exigent une mise à l’abri permanente du risque.
Le débat a été remis à l’ordre du jour en France à la suite des inondations en Vendée et Charente maritime provoquées par la tempête Xynthia en février 2010. Il est reposé régulièrement quand une catastrophe se produit, comme un incendie meurtrier dans un tunnel ou le débordement dévastateur d’un torrent. Les mesures de prévention ont-elles bien été respectées, sont-elles suffisantes, etc. 
Dans un entretien récent publié par le journal Le Monde(1), le directeur de la stratégie internationale pour la réduction des catastrophes se montre très sévère à l’encontre des politiques menées dans beaucoup de pays. « L’aménagement du territoire et la politique de construction portent une responsabilité essentielle dans la fabrication des catastrophes. Elles ne sont pas naturelles. C’est l’action de l’homme qui transforme l’alea naturel en désastre ». Salvano Briceno illustre ce constat de nombreux exemples, au Pakistan, à Haïti, en Russie et en Chine, cette dernière étant « bien meilleure pour gérer les catastrophes que pour gérer les risques ».
Il y a parfois un réel manque de moyens pour la prévention, mais c’est souvent la volonté qui fait défaut. Le « court termisme » est à l’origine de bien des arbitrages imprudents, ainsi que le besoin d’action. Dans une économie où seul le volume d’activité est comptabilisé, mieux vaut construire un village et le protéger par un barrage que dédier les terres à risque à des activités non ou peu sensibles à la crue. La prévention est victime d’une sorte d’activisme, et peine à trouver sa place, notamment dans les sociétés émergentes, avides de croissance et désireuses de progresser dans l’échelle des nations. Les points de croissance sont plus faciles à obtenir en négligeant les risques, en espérant que ceux-ci ne se manifesteront pas, ou le plus tard possible.
Les incendies de l’été en Russie ont peut-être favorisé une prise de conscience du risque, souvent minimisé dit-on par les autorités. La mauvaise exploitation des forêts a été mise en évidence. Peut-être est-ce la raison de la suspension du projet d’autoroute qui devait traverser une forêt protégée aux alentours de Moscou. La prévention se ferait-elle une santé sur les fumées qui ont envahit Moscou ?
Le réchauffement climatique hausse le niveau de risque. Les engagements de Copenhague prévoient une aide importante (même si elle semble encore insuffisante) pour l’adaptation aux effets du réchauffement climatique. Les pays les plus riches vont ainsi aider les plus pauvres à s’organiser, ce qui n’a rien d’impossible si on en croit les lauriers attribués par Salvano Briceno au Bengladesh qui a « fait des choses incroyables pour diminuer la mortalité lors des cyclones ».
La prévention doit être intégrée aux projets et aux équipements. Ce n’est pas une couche supplémentaire, exogène mais une dimension de chaque opération. Comme le développement durable.

 

1 - Daté du 28 août 2010

Chronique mise en ligne le 30 août 2010

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