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Le dictionnaire du développement durable pour tous | dominique bidou dbdd

Changer, pour que rien ne change

Beaucoup se réfugient dans l’idée qu’il suffit de changer deux ou trois choses pour continuer comme avant. L’exemple de la voiture électrique est frappant à cet égard. Le véhicule thermique pollue ? Eh bien, passons à l’électrique, et tout ira bien. Bien sûr, c’est un peu compliqué, pour faire le plein ou aller loin, mais l’industrie trouvera des réponses, pour charger plus vite les accus, et en augmenter la capacité. Finalement, ce n’est pas si terrible, il faut juste gérer la transition, et tout restera comme avant.
L’organisation de notre espace a été conçue en fonction de l’automobile. Les villes ont été des îlots de résistance, mais elles ont dû céder : il faut adapter la ville à l’automobile, nous a dit Georges Pompidou. Il y a heureusement beaucoup de centres villes qui se sont préservés, mais leurs extensions n’en ont pas eu la possibilité, ce qui a ainsi provoqué une consommation d’espaces bien supérieure à ce que le modèle ancien, la ville dense, aurait nécessité. L’automobile, perçue comme une aven ture industrielle majeure, choisie pour doper notre économie. C’était au temps de l’essence pas chère, et du contrôle des pays pétroliers par les pays « du Nord ».

Au-delà du changement de source d’énergie dans les voitures, c’est la réduction des besoins de mobilité qui est la principale source d’économies et de baisse des émissions de gaz à effet de serre. C’est là le vrai changement, qui implique une réorganisation des activités, de leur implantation et de leur mode de fonctionnement à l’heure des nouvelles technologies de communication. L’électrification du parc s’inscrit dans une vaste transformation de notre société, elle doit contribuer à la dynamique du changement en proposant une nouvelle approche de la voiture dans un espace revisité. Se contenter du simple changement d’énergie serait, à l’inverse, un frein au changement.

Autre exemple, les pesticides en agriculture. La réponse à l’abandon du glyphosate et autre néonicotinoïde est toujours la même : d’accord, dès qu’un produit de substitution sera trouvé. Bien joué pour retarder le changement, peut-être pour longtemps car les produits inoffensifs ne se trouvent pas aisément. Il faut aussi compter avec l’intérêt des industriels, lié en bonne part à la durée de validité de brevets. L’industrie, comme dans la question de la mobilité, joue toujours un rôle décisif. Un produit miracle, donc, et tout continue comme avant, même si nous savons que le modèle agricole présente bien d’autres aspects à corriger, comme l’érosion et la gestion du cycle de l’eau, pour reprendre un sujet sensible. Le changement vers d’autres modèles est pourtant souhaité et pratiqué par de nombreux agriculteurs et une large partie des consommateurs. L’exportation sera de plus en plus conditionnée par des exigences de qualité. Et surtout, l’agriculture est responsable du cinquième de nos émissions de gaz à effet de serre (20 %) pour 2 % du PIB. Une situation intenable, qui nécessite une transformation profonde des pratiques agricoles. Changer de produit ne répond en rien à cette exigence. « Il faut sortir de l’ambiguïté du slogan “pas d’interdiction sans solution”. Les bénéfices que les uns tirent du maintien des produits actuels ne sauraient justifier les risques que cela fait peser sur la collectivité dans son ensemble », nous dit le rapport parlementaire sur la politique du « zéro phyto », présenté le 21 décembre 2023.

Dans bien des domaines, le changement ne se résume pas à quelques modifications partielles, c’est une approche différente, fondée sur l’analyse des besoins (les attachements, dirait Bruno Latour) et des impacts des activités, sur la disponibilité des ressources, aujourd’hui et demain. Les technologies modernes offrent un champ d’innovations exceptionnel. Utilisons-les pour rechercher un ou plusieurs modèles originaux, qui puissent apporter le double dividende propre au développement durable : plus de bien-être, et moins de prélèvements de ressources.

1 - Compte rendu n°36, 14 décembre 2023, consultable sur le site de l’Assemblée nationale.

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