Un couple tumultueux : compétitivité et durabilité
Les temps ont changé. La priorité à la compétitivité s’est substituée au pacte vert européen. Ce serait un impératif pour rester dans la course et jouer un rôle dans la confrontation mondiale des économies. Le pas décrocher, voilà l'obligation d'aujourd'hui. L'environnement est mis sur pause, et même en recul si nécessaire, à chaque fois qu’il apparaît comme un frein ou un obstacle à la compétitivité.
Curieusement, il semble bien que toute mesure de protection de l'environnement soit considérée comme telle. L'écologie est à priori considérée comme une charge qui compromet la croissance économique. Un préjugé qui coûte cher, pour reprendre le slogan d'une ancienne publicité. De nombreuses mesures ont été prises en France et en Europe pour déclasser l'environnement dans les priorités pour favoriser la compétitivité. Les mesures en faveur de l'agriculture en sont une bonne illustration en France, et les mesures de simplification contenues dans les Omnibus européens en témoignent à leur échelle. Haro sur l'environnement.
Qu'en est-il dans les faits ?
Nous savons depuis le rapport De Nicholas Stern 2006 sur l’économie du réchauffement climatique que l'action d'atténuation coûtera beaucoup moins cher que le prix du réchauffement. Le rapport de 1 à 5 au minimum et sans doute bien plus. Mais il s'agit d'une évaluation globale, limitée au climat alors qu'il y a bien d'autres aspects à prendre en compte au titre de l'environnement, avec bien évidemment d’énormes disparités selon les régions du monde. Retenons toutefois que, globalement, l'inaction coute beaucoup plus cher que l’action. Au cours des débats européens sur la restauration de la nature, en 2024, le commissaire en charge indiquait que chaque euro dépensé pour la restauration de la nature provoquait un retour de 9 euros. En France, La Cour des comptes a récemment publié le 16 septembre 2025 un rapport intitulé "La transition écologique". La conclusion est claire : « le statu quo des politiques menées face au dérèglement climatique entraînerait une perte de 11,4 points de PIB à l’horizon 2050 ». L’idée que les dépenses au titre de l’environnement seraient un poids financier est donc bien abusive, et provient sans doute d’une mauvaise interprétation des faits, si ce n’est d’une approche idéologique. Si vous attribuez à l’environnement toutes les dépenses faites en son nom, vous oubliez que ces dépenses sont causées par d’autres politiques, industrielles, agricoles ou d’aménagement et qu’il faudrait les leur imputer. Ce n’est pas l’environnement qui coute cher, mais la réparation des atteintes dont il est victime.
L’approche macroéconomique nous donne une réponse globale, mais nous savons que les décisions se prennent sur des bases différentes, de l’ordre de la microéconomie, celle de tous les jours, ici et maintenant. Pour « embarquer » les entreprises dans le train de la transition, vérifions que le gain observé à l’échelle des pays est aussi perçue par les entreprises. Plusieurs indices semblent le confirmer, comme la solidité boursière de celles qui se sont engagées.
Dans une étude récente, le Boston Consulting Group (1), BCG, a évalué le bénéfice des entreprises privées qui investissent dans la durabilité. Les mesures prises au nom de cette dernière augmentent significativement l’excédent brut d'exploitation (EBITDA pour les initiés) des entreprises, de 4,1% En Amérique du Nord et de 6,6% En Europe. Ce gain se divise en 2 parties, une réduction des coûts d'un côté, 3,2% en Europe, et augmentation des recettes, 3,4%. Il s'agit encore de moyennes, une vision macroéconomique dont il faut tempérer les résultats en observant plus particulièrement chaque activité et chaque type d'entreprise. Il n'empêche que globalement, loin d'être un poids, l'écologie apparaît comme un moteur de croissance économique. Le Haut-commissariat à la stratégie et au plan le confirme dans une note (2) de septembre 2025 : « Plutôt qu’opposer frontalement compétitivité et durabilité, mieux vaudrait donc maintenir le cap d’une durabilité forte et construire les moyens de la financer. » Abandonner toute ambition environnementale, c’est céder aux sirènes de l’arrière-garde de l’économie, au lieu de conforter l’avant-garde qui apprend à intégrer les enjeux du futur.
Durabilité et compétitivité ne sont pas opposées, elles peuvent être obtenues ensemble. L’avantage qu’il y a à rechercher cette convergence est l’assurance qu’aucun facteur environnemental ne viendra compromettre une compétitivité qui se serait exonérée de toute préoccupation environnementale. Compétitivité et durabilité, même combat !
1 - "Sustainability in Private Markets", Boston Consulting group (BCG), octobre 2025
2 - « Entreprise responsable : le déploiement du reporting de durabilité, un des vecteurs de transformation de l’entreprise »
Edito 28 janvier 2025
- Vues : 82

Ajouter un Commentaire