Par ici la sortie !
Faute de s'attaquer à l'origine des problèmes, nous nous focalisons souvent sur leurs conséquences que nous tentons de minimiser. Effort douloureux, souvent vain, et toujours plus cher que l'action à la source. Prenons deux exemples.
Pour sortir du problème chronique du déficit budgétaire, il serait logique de s'attaquer au domaine qui pèse de plus lourd sur le budget de l'état. Mises à part les retraites, ce sont les dépenses de santé, 260 milliards par an. Le bon sens conduirait à s’attaquer en priorité aux causes des problèmes de santé à l'origine des dépenses, mais curieusement l'effort demandé porte essentiellement sur les patients et leur comportement. Certaines causes sont incontournables, comme le vieillissement de la population, mais il en est d'autres qu’il est possible de réduire significativement. La mauvaise alimentation on est une, et de poids, 125 milliards d’euros par an selon l'Institut Montaigne. Pensez-vous que les parlementaires s'engageraient sur la voie de l'amélioration de notre alimentation ? Eh bien non, ils ont rejeté en 2022 l'interdiction de nitrites dans la charcuterie, en 2025 l'extension à tous les aliments du nutri-score, ils maintiennent des autorisations pour l'usage de produits reconnus toxiques par les scientifiques. Bien sûr l'amélioration de notre alimentation dépend de toute une chaîne d'acteurs et des modes de vie des consommateurs, et le résultat ne peut être obtenu instantanément. Il ne peut l’être que dans la durée et par l'accumulation de mesures partielles, modestes le plus souvent, mais cohérentes entre elles. Le chemin vers la sortie recherchée est long mais l'orientation est claire. Tous les renoncements sur ce chemin, tous les reculs, les atermoiements, ne feront que retarder les progrès attendus pour notre santé et les finances publiques.
Autre domaine, l’absentéisme et les congés de longue maladie, dont la fréquence serait en nette progression. Là encore, l’action se concentre sur les salariés, suspectés d’abus qu’il convient de surveiller, plus de contrôles, moins d’indemnisations, et non sur les causes de ces phénomènes. Pas de discours officiel sur celles-ci, malgré l’analyse et la politique menées par certaines entreprises. Selon l’ANACT, « L’absentéisme est souvent perçu comme un comportement de défection volontaire, voire abusif », alors « qu’un taux d’absentéisme élevé témoigne de dysfonctionnements divers, d’une dégradation des indicateurs sanitaires et sociaux de l’entreprise ». C’est un indicateur de malaise dont il convient de trouver les causes, et de s’y attaquer le plus tôt possible. L’action à a source, plutôt que sur les conséquences.
Celles-ci sont nombreuses, pour les intéressés comme pour l’entreprise. Financièrement, les estimations atteignent 100 à 120 milliards d’euros par an, entre le coût direct des arrêts maladie et les effets des absences sur le fonctionnement de l’entreprise, désorganisation, surcharge des équipes, perte de qualité et de productivité. Les causes sont multiples, souvent combinées entre elles. Le directeur Qualité de vie de La Poste Groupe retient une définition opérationnelle de l’absentéisme : « l’absentéisme correspond aux absences qui auraient pu être évitées par une prévention suffisamment précoce des facteurs de dégradation du travail (1)». C’est donc la prévention plutôt que la sanction qui est préconisée. Elle a en outre des effets sur l’ensemble de la vie de l’entreprise. Le travail sur l’absentéisme permet d’identifier des leviers d’amélioration qui dépassent largement la seule question des absences et contribuent à la performance globale, à la qualité de service et à la satisfaction des salariés. L’indicateur « absentéisme » donne en premier lieu des informations sur la qualité de vie au travail, conditions matérielles, hygiène, sécurité. Il nous alerte également sur la simplification des processus, le fonctionnement effectif des outils, la charge de travail perçue comme équitable. Ce qui compte le plus se situe dans l’environnement immédiat des salariés et les relations de proximité. Toute améliorations visant à réduire l’absentéisme se traduira aussi sur la satisfaction des personnels et sur leur productivité. A l’inverse, se limiter à le sanctionner alourdira l’ambiance sans apporter d’autre bénéfice à l’entreprise et à son personnel.
Paradoxalement, la sortie « par le haut » d’une difficulté revient souvent à revenir à la racine du mal. Comprendre comment le problème a pris corps, pour prendre les mesures nécessaires à sa résolution. Souvent, nous préférons nous attaquer aux conséquences du mal, sans doute pour visualiser directement l’efficacité de l’action, et avec l’illusion d’une solution rapide, mais ce sera une victoire fragile et toujours remise en question. Ce serait faire tomber la fièvre sans soigner la maladie.
1 - Intervention du 10 décembre 2026 devant le Cercle entreprise et santé
Edito du 6 janvier 2026
et rendez-vous sur le podcast audio RECIVILISATION : https://urls.fr/uopw_W
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